Ce matin, vous nous présentez le premier album du groupe de rap 1995 dont vous nous aviez présenté, la saison dernière, les deux premiers mini albums. Ce collectif composé de 5 Mc et un DJ publie « Paris sud minute », titre de leur opus sorti le 31 décembre dernier.

Du jazz old school, du funk, du disco, un groove précis et tranquille, le groupe 1995 transforme l’essai en 17 titres inédits qui nous montrent que le rap hexagonal n’est pas le privilège des flingueurs de rimes. Ceux qui exhibent leurs muscles et leur rage de revanche, nourris au mythe d’une Amérique qui étale ses armes en vente libre. Ce premier album de 1995 rend hommage à la réalité de chacun, au Paris sud, en équilibre entre le périphérique et Montrouge qui les a vu grandir, mais aussi à leur parcours qui malgré les apparences ne fut pas toujours un lit de roses, dans un milieu encore clanique où l’attitude et les pédigrées d’intégrité sont sans cesse exigés…

Extrait de « Bla bla bla »

1995 c’est une attraction définitive et réussie pour la diversité musicale qui croise la multiplicité des sources d’inspiration. L’envie de danser ou de bouger est là, présente dans chaque titre, comme celle très convaincante de nous restituer une déambulation dans le Paris nocturne entassé dans une voiture. Histoire de nous rappeler que c’est ainsi que chaque week-end, des milliers de jeunes de leur génération scellent leurs amitiés, leurs rêves d’ailleurs et leurs souvenirs au son d’une mix tape qui hurle à fond d’un autoradio.

Extrait de « Baisse ta vitre »

L’album révèle aussi la volonté du groupe d’essayer de contourner les clichés. On lit les titres de l’album en craignant de subir la prose sans combat d’un groupe obligé de montrer sa testostérone. Mais 1995 prend un malin plaisir à détourner sa langue plus de sept fois avant de transmettre son rapport au monde. Ainsi ce « Pétasse blanche » qui n’est pas un énième brûlot misogyne mais désigne la cocaïne, ennemie la mieux partagée de leur milieu…

Extrait de « Pétasse blanche »

Entre l’ultra bling bling attitude du droitier, capitaliste et cynique Booba et les libéraux anesthésiés de Sexion d’Assaut rattrapé par le système, 1995 se situe exactement au milieu sans pour autant être centristes. Une belle performance.

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