Cap sur Buenos Aires avec celui que l’on surnomme « le Tom Waits du tango », Daniel Melingo qui publie ces jours-ci son troisième album.

L’album s’appelle « Corazon y Hueso », traduction littérale « cœur et os ». Et tout à coup se déploie la flamboyance tragique de ces danses de corps étreints, qui improvisent d’incessants duels, au soleil des attractions fatales. Il y a certes la dimension sociale et politique du tango, mais il y a aussi le romantisme canaille de Melingo, crooner des bas fonds qui illumine toute la mythologie des faubourgs de Buenos Aires.

Extrait de « Corazon & Hueso »

Ce tango de la tentation, dont le texte est écrit par sa compagne, illustre bien la démarche artistique de ce nouveau disque de Daniel Melingo. Certes il n’oublie pas le chant désespéré mais toujours vigoureux de ses frères d’âme, les éclopés du cœur, les naufragés de la déchéance dans un pays où le son des bidonvilles rythme la vie quotidienne. Melingo brise la loi du silence, et entonne un portrait sans retouches de l’univers carcéral dans un pays qui honore toujours ses machistadors.

Extrait de « La novia »

« De tous les prisonniers/il bat la crème/ et quand on vous l’appelle/ c’est qu’on l’oblige au pieu à une gâterie/ celui qui était trop blanc et aux manières raffinées/ depuis qu’il est en taule/tous courent derrière/ comme des chiens se ruent sur l’os ». Le microcosme carcéral a toujours irrigué l’inspiration traditionnelle du tango, porté par le « lunfardo », l’argot qui protège toujours des puissants. Il y a les mots mais aussi l’extrême musicalité de ce disque, lyrique et baroque, rock et romantique. Comme en témoigne le morceau qui clôt le disque. Comme si Ennio Morricone et Kurt Weil entraient en résistance à la baguette d’un orchestre déchirant, prêt à jouer la tragédie de la condition humaine de l’hémisphère sud

Extrait de « Ritos en la sombra »

Daniel Melingo est sur la voie royale, ouverte par un certain Carlos Gardel. Celui dont on dit toujours à Buenos aires « chaque jour, il chante mieux que la veille ». Vous pourrez le vérifier aussi avec Melingo en chair et en os, les 2 et 3 décembre au café de la danse, à Paris.

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