La semaine prochaine, sort sur les écrans le film « Sugar man » réalisé par Malik Bendjelloul. Il raconte l’histoire extraordinaire de Sixto Rodriguez, un artiste originaire de Detroit qui publie au début des années 70 deux albums, sanctionnés par un terrible échec commercial. Quelques années plus tard, il devient une super star en Afrique du Sud, devenant même un symbole de la lutte contre l’Apartheid.

C’est une histoire qui touche en plein cœur. C’est une histoire réelle, qui nous dit que la vraie vie parfois rivalise avec le meilleur scénario hollywoodien. C’est surtout l’histoire d’une musique qui vous prend aux tripes et qui impose le silence.

Extrait de « Crucify your mind »

Sixto Rodriguez, fils d’émigrant mexicain, né en 1942 à Detroit se met à la musique parce qu’il ne peut pas imaginer s’exprimer autrement. Il chante sa vie et celle des autres, sans fard. Son théâtre d’inspiration, c’est la rue et les clubs interlopes qui acceptent d’écouter ses premières chansons poignantes. Ce qu’il raconte en 1970 dans « Disgusting song ».

Extrait de « Disgusting song »

Deux albums magnifiques, vendus à quelques dizaines d’exemplaires. C’est une indifférence abyssale qui condamne son œuvre. Et c’est pire finalement qu’une critique désastreuse. Surtout lorsqu’on écrit une des plus intenses chansons sur l’héroïne qui rivalise avec celles du Velvet ou des Stones…

Extrait de « Sugar Man »

Sixto Rodriguez renonce au show bizness sans ressentiment ni aigreur. Mais ses chansons vont étrangement survivre et résister. Quelques années plus tard, ses disques débarquent grâce à une touriste anglaise en Afrique du sud. D’un coup d’un seul Sixto Rodriguez devient sans le savoir le symbole de la liberté dans un pays où la censure est élevée en système. Il découvrira que ses disques sont dans tous les foyers sud-africains et qu’il y est considéré comme Bob Dylan, ou une sorte d’Elvis Presley local plus subversif lorsqu’il parle de toute une jeunesse réprimée sexuellement.

Extrait de « I Wonder »

Le réalisateur Malik Bendjelloul accompagne aujourd’hui en images le destin de cet artiste, étranger à toutes formes d’égo, qui savoure à 70 ans le succès et qui, un brin fataliste, commente son histoire hors norme : « il faut aller pêcher là où il y a du poisson ». Les chansons de Sixto Rodriguez parlent surtout d’une vie passée sous l’arc de l’intégrité, questionnant avec intransigeance notre époque qui ne vit que dans l’art du compromis.

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