Cette semaine, sort le nouvel album très attendu de Nick Cave and the bad seeds. Intitulé « Push the sky away », c’est le quinzième de sa carrière, enregistré à la Fabrique, un château du XIXème siècle dans le sud de la France.

Saint Rémy de Provence, le soleil a rendez vous avec la lune noire de Nick Cave dans un lieu propice à l’apaisement. L’âme illuminée d’une lumière nouvelle, comme s’il venait de sortir des ténèbres, Nick Cave revient à lui portant ses démons en sautoir avec la force tranquille de l’homme qui sait ce qu’il veut. La démonstration est intérieure et à l’intérieur d’une mécanique simple. La voix vénéneuse du crooner d’outre tombe placée bien devant et sans fard, portée par des claviers aériens et guérisseurs.

Extrait de « We no who U R »

Neuf ballades vicieuses comme se plaît à les définir, Nick Cave qui semble entrer un peu plus à l’intérieur de lui-même à chaque disque. C’est un album bavard au sens où chaque texte gouverne la musique, le son porte sans jamais écraser le sens. En cela Nick Cave ressemble à ces écrivains qui toute leur vie cherche à explorer, décrypter le miracle de l’écriture. Dans la très belle interview de Hugo Cassavetti que l’on peut lire cette semaine dans Télérama , Nick Cave parle de l’importance du processus de création présent dans les gènes même de ses chansons. Comme un mécanisme, dit-il, de voyeurisme qui finalement permet de tout dire, tout écrire. La liberté absolue où la fièvre incontrôlable du désir cohabite avec la Bible…

Extrait de « Water’s edge »

Le titre de l’album « Push the sky away » est source d’interrogations. « Repousser le ciel » peut aussi bien parler de la topographie intime du bonhomme qui de fait n’a jamais cessé de repousser lui-même ses propres limites. Des terreaux punk qui firent de lui et de ses mauvaises graines le meilleur auteur de chansons apocalyptiques, jusqu’aux ballades mortuaires qui ont façonné son style de crooner nourri à l’origine du grand fleuve blues. Mais « repousser le ciel » est aussi un clin d’œil à cet infinie moderne exploration que permet aujourd’hui Internet. Constat dénué d’amertume d’un homme débarrassé du piège de la modernité.

Extrait de « Push the sky away »

Comme Léonard Cohen, Nick Cave semble désormais faire des disques pour réussir à établir une relation proprement mystique avec le public. Comme si le recueillement parvenait à donner encore un sens au rock fondateur.

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