Voici le quatrième album de Karl Jannuska. D’origine canadienne, il est l’un des batteurs de jazz les plus convoités. Membre fondateur du collectif Paris Jazz underground, installé en France depuis une dizaine d’années, il fait tout de même un clin d’œil à son pays avec le titre de son album « The halfway tree ».

Karl Jannuska - The halfway tree
Karl Jannuska - The halfway tree © Radio France

« The halfway tree » désigne un grand peuplier situé à mi-chemin sur l’autoroute n°1 entre Brandon et Winnipeg, dans la province du Manitoba. Un peuplier qui surgit presque fantomatique dans un paysage désertique. A mi-chemin entre les deux villes, il suscite un sentiment partagé. Contemplatif et inquiet à la fois. Le disque s’ouvre ainsi par une métaphore qui correspond bien au jazz bipolaire de ce batteur dont la réputation de joueur sans cesse électrisé nous révèle ici le sens inné de la pulsation qui semble précéder le rythme.

Extrait de « Put an apple in your life »

Karl Jannuska s’est entouré d’un brillant sextet de musiciens qui creusent avec lui ce travail précieux sur la répétition et l’improvisation maitrisée. Et puis, il y a Sienna Dalhen : la voix humaine de ce disque aux mélodies impressionnistes qui nous transportent dans un immense entre deux. Entre deux rives, deux mondes, deux cultures. Entre le sommeil et le réveil. Entre la portée d’une voix de soie et l’instrumentation ultra tenue des musiciens. C’est un jazz qui ne joue pas sur la confrontation entre la parole du chant et la musique des instruments.

Extrait de « Million miles away »

Karl Jannuska a commencé la batterie à l’âge de 7 ans. Bardé de prix et de reconnaissances, cet amoureux de Thélonius Monk sait aussi revendiquer l’influence de Ornette Coleman qui a semble-t-il exercé une grande influence sur lui parce qu’il entend « la musique davantage mélodiquement que harmoniquement ». L’écoute de l’album de Jannuska montre qu’il a bien retenu la leçon. C’est la sensibilité mélodique d’un musicien qui met son ego et son style au service du meilleur qu’il sollicite de ses compagnons de route.

Extrait de « One droning pedal Tone »

Adepte du jeu sonore, Karl Jannuska produit un disque atypique dont la musique vibre comme le frisson d’un peuplier caressé par une brise plus violente qu’il n’y paraît. La retenue dans un mécanisme huilé pour le désordre.

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