Ce matin, vous revenez sur la sortie il y a quelques semaines du premier album de Matthew Edgar White alias Matthieu E White. Originaire de Richmond en Virginie, ce guitariste qui a débuté en réalisant des arrangements pour le jazz a baptisé son disque « Big Inner ».

C’est d’abord un disque d’arrangeur, gorgé de fantasmes de grandeur d’un musicien qui se rêvait producteur pour réinventer une soul blanche ultra riche en matière première : cordes rutilantes et pluvieuses, chœurs en cascade gospel, cuivres en manteau de procession, piano rescapé de l’ère disco. Un big band moderne qui laisse à distance dans un premier temps l’égo naturel du chanteur.

Extrait de « Big Love »

Sept morceaux qui semblent avoir été conçus au ralenti, dans un tempo qui n’est plus celui des disques d’aujourd’hui. Loin de l’emprise du son qui n’en n’est plus avec le format de compression MP3, avec Matthew E White on replonge à l’inverse dans l’obsession d’un son où l’on imagine une trentaine de musiciens qui jouent ensemble, dans un studio analogique pour produire une musique foisonnante aux sources du jazz de la Nouvelle-Orléans, de la pop des années Stax, des grands orchestres new-yorkais. C’est toute l’histoire de la musique américaine moderne qui est célébrée dans ce disque.

Extrait de « Will you love me »

L’arrangeur Matthew E. White a voulu créer des morceaux en trois dimensions. Des compositions qui sont toutes conçues en escaliers à colimaçon, portées par des arrangements qui se superposent et enfin la voix du chanteur, timide visiteuse qui vient irriguer ces chansons, fleuves de spiritualité. On y parle d’amour, de sexe, de racisme, de tout ce qui hante Matthew E. White ne peut pas oublier d’où il vient. Fils de missionnaires catholiques, ses chansons jouent à cache-cache avec les symboles religieux.

Extrait de « Brazos »

Matthew E White, dans une récente interview donnée aux Inrockuptibles avouait qu’il aimerait pousser les musiciens à être courageux. C’est à dire à faire preuve d’imagination. Dans ce premier disque, il nous prouve surtout que l’on peut être ambitieux, être doué parfois d’une mégalomanie généreuse pour produire au final un album d’une grande humilité.

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