Ce matin, vous revenez sur le dernier album du pianiste de jazz Mario Canonge, à l’occasion des nombreux concerts qu’il donne en cette fin d’année.

L’album s’intitule « Mitan » comme pour signifier que Mario Canonge, 50 ans, est à la mi temps d’un parcours artistique où l’esprit caribéen irrigue plus que jamais le jazz qui au creux de ses dix doigts explose en racines multiples.

Extrait de « A Fleur de terre »

Mario Canonge originaire de la Martinique s’est mis au piano relativement tardivement, à l’âge de 15 ans. Comme il n’y avait pas de piano chez lui, il étudiait au presbytère de Sainte-Thérèse à côté de Fort-de-France. Canonge estime qu’il est le fruit d’une expérience de rue, expliquant que c’est en écoutant les autres qu’il a su forger son savoir. Arrivé en métropole, Mario Canonge suivra en parallèle des études à l’université de musicologie et au conservatoire, il joue avec des musiciens du monde entier et onze albums plus tard, il confie qu’il a éprouvé la nécessité de se remettre à étudier le piano. Refaire ses débuts à 50 ans, riche d’un savoir impressionnant accumulé, voilà la marque des plus grands…

Extrait de « Poésie du chaos »

Poésie du chaos, peut faire référence à cette mise en danger que Mario Canonge s’est imposée. Cette ascèse volontaire qui consiste à se remettre à étudier le piano a profondément nourri son dernier disque. Cela fait sans nul doute aussi référence à cette « pensée du tremblement » développée par l’écrivain et penseur de la créolisation Edouard Glissant, qui expliquait comment vivre la difficulté d’un mode cosmopolite. Mario Canonge confie également sa boulimie tardive de lecture qui lui a fait découvrir des auteurs comme précisément Edouard Glissant, Aimé Césaire, Patrick Chamoiseau. La créolité qui jusque là affleurait le bout de ses doigts, imprègne désormais une réflexion plus philosophique qui se répercute dans sa musique au point de pouvoir croiser avec son trio, les sonorités d’un doudouk et du peloul, instruments traditionnels des bergers arméniens.

Extrait de « Entre la pelée et l’ararat »

L’occasion de vérifier en chair et en os que la créolité est comme le disait si bien Glissant : « une façon de se transformer de façon continue sans se perdre ».

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