Ce matin, vous revenez sur la sortie il y a quelques semaines de l’album hommage à Nina Simone, interprétée par la chanteuse et bassiste Meshell Ndegeocello, enregistré en seulement 10 jours entouré de son trio de musiciens à Los Angeles.

L’urgence et la nécessité sont les motivations obligées lorsque l’on veut s’attaquer au répertoire de l’immense Nina Simone qui elle-même fut gouvernée toute sa vie par les forces de l’indiscipline, de la colère et de la fierté d’exprimer sa vérité intime. Meshell Ndegeocello a appris la leçon et rend hommage à l’âme souveraine de celle qui reste le modèle d’émancipation et de libération pour les femmes, et la cause noire.

Extrait de « Please don’t let me be missunderstood »

Créée en 1964 pour Nina Simone par un trio d’auteurs-compositeurs qui s’inspira alors d’une situation de rupture amoureuse, la chanson devint assez vite dans son interprétation l’un des manifestes du mouvement afro-américain des droits civiques. Meshell Ndegeocello est entrée dans l’arène musicale au milieu des années 90, armée de sa basse et de ses textes coups de poings. Elle s’affirmait alors en guerre avec le monde, mais aussi en conflit avec son monde, comme le fut Nina Simone chaque fois que sa liberté était contrariée par ceux qui lui imaginaient un avenir doré dans l’univers du show-biz. Dans cet album, Meshell Ndegeocello, quinze ans plus tard est enfin apaisée et l’hommage à la colère noire de Nina Simone est transcendé vers un ailleurs poétique et esthétique…

Extrait de « Four Women »

Au-delà de l’hommage à un parcours et une détermination ce disque est porté par un message précis. Etre créateur, c’est être libre de ne ressembler à personne. Ne jamais se laisser porter par le regard des autres, ne jamais s’endormir dans une voie balisée, être dans la quête obsessionnelle de la différence et du déploiement exigeant de sa personnalité. Meshell Ndegeocello semble reprendre le testament artistique de Nina Simone avec une mélancolie naturelle qui semble aussi trahir une forme de désenchantement.

Extrait de « Black is the color of my true love’s hair »

Face aux acquis nébuleux de la victoire d’Obama le principe de réalité semble être aussi au cœur de ces reprises. L’album s’intitule « Pour une âme souveraine ». Il est signé Meshell Ndegeocello, nom propre qui signifie « libre comme l’oiseau », en langage swahili de l’Afrique de l’est. C’est l’album d’une artiste qui ne s’est donc jamais déjugée.

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