Ce matin, il y a le retour de Charles Aznavour, 87 ans, qui semble plus en forme que jamais, et qui revient, dans une de ses nouvelles chansons, sur ses années de vache maigre devenues légendaires.

Charles Aznavour n’a jamais oublié les coups, les quolibets, les critiques assassines, et ses débuts qui furent si difficiles. Le 12 décembre 1960 sur la scène de l’Alhambra il s’en est fallu de peu pour qu’il ne s’écroule définitivement devant l’indifférence à peine polie du public. Oui, le petit protégé de la grande Edith Piaf, cherche en vain à convaincre depuis qu’il s’est lancé dans la chanson, 8 ans auparavant. Ce soir là, la chanson qui a sauvé Aznavour c’est « J’me voyais déjà ». Cette profession de foi écrite avec l’énergie du désespoir va faire basculer le tout Paris qui brille et qui étrille. 50 ans plus tard, pour la pochette de son dernier disque, le petit Charles photographié par Karl Lagerfeld, semble nous dire en gros plan, visage d’une sagesse interrogative, qu’il nous avait prévenu, « un jour viendra je vous montrerai que j’ai du talent ». Et du talent il y en a encore dans ce nouveau disque qui nous réconcilie avec l’auteur Aznavour. De la verve, le sens de la formule, la voix requinquée et une inspiration assez émouvante.

Charles Aznavour
Charles Aznavour © Radio France / Xavier Thomas, Wikipedia

Histoire d’amour romantique sur fond de mai 68 où Aznavour réussit en 12 couplets sans refrain à faire d’un sprint plumitif un vrai film, inspiré « très nettement » par l’architecture des chansons de Charles Trenet. Aznavour recycle aussi sans tabou son propre répertoire et nous montre qu’une seule chanson peut avoir plusieurs vies. « Tous les visages de l’amour » deviendra aux Etats Unis « She » avant de revenir chez son propriétaire aujourd’hui qui s’amuse à réadapter l’adaptation de son propre texte, s’offrant le temps d’une chanson un duo avec Thomas Dutronc.

Aznavour s’apprête à remonter sur la scène de l’Olympia. Sur scène il y a toujours sa main qui tremble et qui affole, et son petit menton en avant pour faire briller les langues latines. Avec lui on peut « être et avoir été ». Petit bonhomme aux immenses chansons secoué par le temps qui passe, l’amour, les femmes, le vin et l’huile d’olive. Silhouette impeccable, comme un dessin permanent, le torse en creux, bombé en avant, son corps qui danse, ouvrant une parenthèse. Aznavour est bien vivant lui, que l’on a encore annoncé mort il y a quelques mois. Il garde même un sens de la verdeur coquine, nous rappelant en ces temps où l’homme érectile occupe la une de magazines, une drôle de vérité.

Le petit Charles bande encore et veut payer plus d’impôts. Son album s’intitule « Aznavour toujours ».

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