Ce matin, cap sur le sud de l’Italie avec le dix-septième album du Canzoniere Grecanico Salentino qui est le plus grand et le plus ancien groupe de musique traditionnelle des Pouilles. Fondé en 1975 par Daniele et Rina Durante, c’est désormais leur fils Mauro qui a repris le tambourin, le violon, et le chant pour faire vivre les tarentelles d’aujourd’hui.

C’est un disque de fièvre et de transes. Si la techno possède des racines il se pourrait bien que l’une d’elle se situe du côté de la région du Salento, surnommé « le talon de la botte italienne » où l’on perpétue avec détermination la mystique du tarentisme. Croyance populaire qui énonce qu’une seule piqûre de la tarentule peut transmettre une maladie qui ne peut être guérie que par la danse. Loin des croyances ancestrales, aujourd’hui le besoin d’exorciser les maux de nos sociétés occidentales s’exprime dans ce disque qui transcende les entrailles de la tradition pour interroger notre modernité malade et indécise.

Extrait de « Pizzica indiavolata »

Mauro Durante, leader du groupe Canzoniere a appris les rudiments de la technique du grand tambourin salentin, le tamburo, dès l’âge de 14 ans. L’apprentissage du violon et du tamburo au conservatoire de Lecce le conduit à faire des rencontres. Stewart Copeland, l ‘ancien batteur du groupe Police, puis Ludovico Einaudi, et Goran Bregovic. Aujourd’hui dans ce nouvel album on le retrouve au côté de Piers Faccini.

Extrait de « La voce Toa »

C’est une musique vivante qui vient de loin. On écoute la voix qui vibre, appel liturgique à la communion par la danse. Puis il y a le rythme, les coups métronomiques sur les peaux tendues du tambourin, les castagnettes ou l’accordéon diatonique qui appelle à l’amour. Le groove italien existe, nous le rencontrons dans ce disque profondément terrien où les forces de l’esprit guident les pas des danseurs.

Extrait de « Tira Cavallu »

A l’heure de la peur et de l’impuissance des peuples face à la mondialisation, ce disque est un projet qui redonne à l’identité sa noble place. Loin de l’enfermement, du repli sur soi, le souci de l’identité est ici au service d’un autre monde. Mystérieux, généreux, poétique. Et prodigieusement ouvert.

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