Ce matin, vous rendez hommage à Django Reinhardt, l’une des figures essentielles de la musique du XXème siècle, que l’on célèbre d’ailleurs aussi, à travers une exposition à ne pas rater à la Cité de la musique à Paris, jusqu’au 23 janvier prochain.

Extrait de « Je sais que vous êtes jolie » (1934)

Difficile en quelques minutes de parler d’une vie artistique aussi pleine, balisée par des périodes si marquées. Django Reinhardt fut le capteur d’un rythme, le swing qui fut la vibration essentielle d’une époque qui inventait à la lumière de ce son, sa propre révolution. Il fut surtout l’inventeur d’un style nouveau : le jazz manouche qui a offert au jazz américain sa résonnance européenne si bien illustrée par le légendaire morceau « Nuages » enregistré en 1940 avec le clarinettiste et saxophoniste Hubert Rostaing.

Extrait de « Nuages »

Django Reinhardt, né Jean Reinhardt, à l’arrière d’une roulotte en 1910, fut connu dès son enfance sous le nom de Django qui signifie « je réveille » en langue Romanès. Et s’il a commencé par réveiller toutes les nuits sa roulotte familiale, il a surtout réveillé son époque avec son inspiration faubourienne et sa technique inspirée du coup de médiator des gitans sur leurs guitares.

Extrait de « Djangology » (1935)

Etre l’architecte d’un son et d’un style passe parfois par des évènements qui relèvent de la résilience. Django Reinhardt a aussi fasciné son époque par sa capacité à faire oublier qu’il avait perdu l’usage de ses deux doigts de la main gauche lors d’un incendie de sa roulotte alors qu’il avait 18 ans. De ce drame il a construit sa légende en inventant une technique unique. Django Reinhardt est aussi un musicien libre, traversant l’époque sombre de l’occupation en jouant comme un résistant de l’intérieur, rêvant d’écrire une messe pour ses frères romanichels, et scellant la renaissance de la liberté en imaginant avec son complice Grappelli notre hymne national revivifié au contact du jazz et du métissage.

Extrait de « La Marseillaise » (1946)

Cette marseillaise rebaptisé « écho de France » marque aussi l’itinéraire d’un enfant du siècle qui sut faire fi des obstacles de classe, des conditionnements sociaux, et des frontières stylistiques. Un homme libre qui fascinait tous les grands oiseaux noirs du jazz américain mais qui jusqu’au bout, n’a jamais trahi ses origines tsiganes forgeant la richesse d’une vraie identité européenne.

Extrait de « Anouman »

C’est l’un des derniers titres enregistré par Django en 1953. L’année où un certain Elvis Presley pousse la porte d’un studio pour enregistrer à se frais pour 4 dollars ses premières chansons. Le dessinateur Joann Sfar dit : « Il me semble que Django est ce que nous avons de plus proche d’Elvis en terme de légende ». L’inventeur du swing aurait pu parler à celui du rock.

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