Ce matin, nous revenons sur la sortie de la bande originale du nouveau film de Christophe Honoré : « Les biens aimés », composée par Alex Beaupain. Le tandem s’était déjà illustré avec maestria dans « Les chansons d’amour ». Et ici, il est encore question d’amour. Amour romantique, chanté entre autre par Ludivine Sagnier.

Question : peut-on aujourd’hui écouter une B.O comme un album de pop ou de chansons en oubliant les images et le scénario ? À l’heure où l’art de la musique de film se perd un peu, Alex Beaupain est une exception. Certes, son cahier de charge est de composer des chansons qu’il doit imaginer pour la voix d’actrices et d’acteurs dans une histoire qui ne lui appartient pas. Mais Beaupain, auteur compositeur a cette faculté de pouvoir incarner en chansons les rêves et fantasmes de cinéma de son complice Honoré, qui lui même se projette tout entier dans son héroïne Chiara Mastroianni, devenue son double cinématographique.

Certes, nous ne sommes pas au palais de la voix, mais ce jeu permanent de la gémellité créatrice possède quelque chose de bouleversant. On repense au duo Demy/ Legrand mais plus encore, allez savoir pourquoi, à celui que formait Truffaut et Delerue. On se souvient tous de cette scène dans « La nuit américaine » ou en quelques indications survoltées Truffaut règle au téléphone la partition majeure d’une musique qui deviendra l’un des ressorts majeurs de ce film magnétique. On imagine Honoré entretenant dans une même pression un Beaupain devant imaginer le dialogue en chansons entre Catherine Deneuve et Chiara Mastroianni, donc entre une mère et sa fille. Ce qui parait évident à l’image, avec notre mémoire du cinéphilique, devient un défi à l’audio.

Depuis Serge Gainsbourg, Deneuve n’avait jamais enregistré de chansons originales. Alex Beaupain a finalement su se mettre au service de cette mémoire de cinéma que Honoré honore et que Beaupain invente. C’est là toute la différence entre celui qui fait les images et celui qui doit en suggérer. Alex Beaupain, a aussi réussi à réaliser un disque pop comme ceux qu’il fait pour lui.

Le film de Christophe Honoré est sorti sur les écrans mercredi dernier. L’occasion de réaliser combien il est dur de résister au temps qui s’enfuit déjà. Mais ça c’est une chute d’une autre grande chanson d’amour nettement plus tragique. Avec Alex Beaupain l’insoutenable légèreté des chansons finit toujours par nous guérir.

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