Vous allez nous parler ce matin du chanteur de blues, rock jazz... Le chanteur et claviériste Ben Sidran.

Ces trois étiquettes collent en effet très bien à la peau de Ben Sidran : chanteur dandy et hors mode, qui aurait pu devenir un grand voyou à l'adolescence, comme il me l'avouait avec beaucoup d'émotion lors de son passage dans summertime il y a quelques semaines, mais dont le jazz l'a non seulement détourné du gangstérisme mais l'a conduit à jouer avec les plus grands: Du steve Miller Band aux rolling stones en passant par le jazz rock détonnant des frères Breckers dans les années 70 ou encore Bobby Mc Ferrin...

Ben Sidran a aussi connu Bob Dylan, repris sa musique, chanté ses paroles comme pour s'en imprégner... Et depuis n'a cherché qu'à toujours plus simplifier sa musique pour n'en délivrer que des messages politiques... comme dans son dernier album sobre et épuré: don't cry for no hipsters...

Extrait de "Back Nine"

"Don't cry for no hipster" et c'est sorti il y a quelques semaines sur un label français indépendant Bonsaï Music.

Vous remarquerez la double négation dans le titre qui littéralement veut dire : "ne pleure pas pour ceux qui ne sont pas des hipsters"... En référence à ceux qu'on appelait les hipsters dans les années 1950. Ceux qui ont pris la voie de la révolte... Les noirs américains qui voulaient qu'on les entende enfin et qu'on ne les prenne plus uniquement pour des spécimens étonnants qui font une musique bien rythmée et allante comme un certain public continuait de les considérer à cette époque là. Les hispsters c'était Dizzy Gillespie, Max Roach, John Coltrane, Mingus, Parker... Des remueurs qui avaient décidé de vivre de leur musique en ne cherchant plus à faire celle qu'on attendait d'eux.

Donc si Ben Sidran a choisi ce titre, c'est en référence à cette période révolutionnaire du jazz car c'est non seulement en chanteur de talent, mais également en penseur, en intellectuel, en chercheur en musicologie auteur du bestseller Blacktalk (dans lequel il a analysé l'héritage oral et africain dans la musique noire américaine) qu'il a composé ce dernier album... Et c'est précisément cet héritage qu'il insuffle dans ce disque : "Don''t cry for no hipster".

Extrait de "Can we talk?"

On reconnaît dans ce morceau "Can We Talk" des tons et des questions très James browniens... (On pense à "I'm black and I'm proud")

Et contrairement à ce qu'on serait tenté de croire, Ben Sidran n'est pas un chanteur noir mais un blanc juif natif de Chicago... Échappé de la pègre grâce à l'éclat de révolte et de liberté du jazz des années 50-60.

Il est d'ailleurs récemment allé plus loin dans sa réflexion sur les racines et l'essor du jazz aux États Unis : le jazz serait une musique dans laquelle les cultures noires et juives se seraient alliées pour faire émerger ce genre nouveau.

Une musique indissociable du blues et de la joie pour clamer la liberté... Deux éléments omniprésents dans chacun des morceaux de ce disque synthèse de l'engagement politique, de l'érudition et de la gaieté.

Extrait de "Take a little hit"

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