André Manoukian nous parle d’une nouvelle intégrale Jacques Brel, « Suivre l’étoile » éditée à l’occasion des 35 ans de sa disparition, avec des pépites inédites, notamment douze versions alternatives de ses plus grands standards…

Extrait de « Marieke »

Les versions alternatives sont courantes dans le monde du jazz. Un solo n’est jamais joué deux fois pareil, on peut comprendre que Bill Evans ou Monk aient parfois décidé de laisser deux versions du même titre sur un album. Dans la chanson, c’est beaucoup plus rare.

Peu de chanteurs avaient le luxe d’enregistrer des versions alternatives.

C’est ce qui rend cette réédition particulièrement savoureuse : un nouvel éclairage est porté sur des chansons et des textes que l’on croyait connaître et que l’on redécouvre. Les chefs d’œuvre sont repris par leur propre auteur, comme si celui-ci revenait de l’autre monde pour revisiter avec un regard neuf ses propres chansons.

Voici l’intro de la version originale de « Ne me quitte pas » :

Extrait de « Ne me quitte pas »

Et maintenant, écoutez la version alternative sans les ondes Martenot qui avaient un petit côté kitsch de science fiction à la Ed Wood. Le piano aussi est viré, trop rive gauche… il est remplacé par une belle guitare nylon aux arpèges inachevés, et qui sonne beaucoup plus moderne.

Extrait de « Ne me quitte pas » / inédit

Écoutons maintenant l’étonnante version piano voix contrebasse de « ces gens là », dépouillée, plus mordante, qui rend le texte encore plus cru…

Extrait de « Ces gens là »

C’est probablement une première version de travail avant orchestration, les accords semblent être joués par une parque qui égraine le temps et qui peut couper le fil à tout moment.

Aujourd’hui par la magie d’Internet, une nouvelle génération d’ados redécouvre Brel, et semble dire, pourquoi n’y a-t-on pas droit nous aussi ?

Bien sûr, Brel a des descendants, Gaëtan Roussel et Stromae, les mêmes « r » roulés comme des rochers sur des sentiers cabossés.

Mais s’il a des descendants, a-t-il des héritiers ?

Extrait de « Quand je serai vieux »

Qu’est-ce qui fait la différence entre un tube et un standard ?

Le tube est le témoin d’une époque, on se plaît à le rejouer parce qu’il nous ramène à un moment de notre jeunesse.

Le standard, lui, est intemporel et produit le même impact après qu’on l’ait écouté mille fois. L’émotion est trop grande pour qu’elle nous ramène à un souvenir lié à une anecdote personnelle.

Le standard se suffit à lui-même, il est comme un corps qui se déplace dans l’espace : sa trajectoire est infinie.

Extrait de « Ne me quitte pas » version alternative

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