Voici un jeune pianiste Arménien, Tigran Hamasyan, bardé des prix internationaux les plus prestigieux et qui nous présente un album inclassable, « Shadow Theater ».

Extrait de « Lament »

Comment un petit pays de Transcaucasie, coupé de tout, entouré d’ennemis, qui n’a rien, pas de matière première, pas de pétrole, pas d’accès à la mer, dont l’emblème est une montagne qui ne lui appartient même plus, comment un petit pays de trois millions d’habitants a-t-il produit un prodige pareil ?

L’Arménie est à la convergence de deux plaques tectoniques, la plaque arabique et la plaque eurasienne. Ses poussées soulèvent la terre et forment les montagnes, et celui qui va devenir une montagne du piano mondial, Tigran Hamasyan, qu’Herbie Hancock présente comme « Tigran Amazing ».

Extrait de « Erishta »

Tigran reproduit le chant des ancêtres à travers un poste à galène, et les images affluent : c’est L’Orient de Pierre Loti filmé par Ridley Scott façon Blade Runner , où tous les cultes fraternisent, où les guerriers baissent les armes autour d’un cocktail de jus de scorpion, une boisson d’hommes quoi...

Extrait de « Erishta »

Tigran est le fruit de l’école pianistique russe, du bebop, des bardes arméniens du moyen âge et du métal expérimental suédois Les polymesures complexes passées dans une machine à beat nous ramènent à l’Orient rêvé d’avant le sang.

Du Steve Reich joyeux, un Phil Glass un peu punk, un Thomas Newman qui n’aurait pas besoin d’un film pour illustrer sa musique tant Tigran sait nous raconter des histoires avec son piano.

Extrait de « The court jester »

Et à l’instant où je vous parle le voilà qui nous sort une intro avec un clavecin et un sifflet, comme un Ennio Morricone qui aurait pris des boissons survitaminées…

Extrait « The court Jester »

Sa virtuosité est mise de côté au service du rêve. Il dessine des arabesques d’accord, il joue des séquences humaines qui renvoient au musée tous les programmateurs de la planète. Ils n’approcheront jamais le monde de Tigran avec tous les logiciels du monde.

Il joue clavecin et célesta, l’instrument de Mozart dans la Flûte enchantée, mais à qui donc le comparer, sinon à ce fou de « Wolfie » ?

Sur des séquences d’une rare complexité, il sait coucher un chant d’une beauté primitive, pratiquant à la fois l’art brut et la cuisine moléculaire… et l’on voit danser une myriade de galaxies dans une boule de verre.

Extrait de « Holy »

Il nous ouvre des portes célestes, et la voix magnifique d’Areni Agbabian chante une liturgie sacrée, qui dépasse toutes les églises, y compris la première de toutes, celle de Tigran qui est aussi celle de mes ancêtres…

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