Dificile de passer à côté du phénomène Stromae en cette rentrée. Ce matin, c’est sous un angle différent qu’André Manoukian nous parle de son deuxième album, Racine Carrée. Stromae est un maestro bien élevé, qui sait rendre hommage à ses maîtres. Et personne ne sait que Racine Carrée est son hommage au grand maître Pythagore, qui, en faisant vibrer une corde tendue et en la divisant successivement par 2, 3 et 4, obtint les notes do sol fa, qui sont les accords du rock et de la cadence parfaite avec lesquelles va s’écrire toute la musique occidentale, de Jean-Sébastien Bach jusqu’aux Rolling Stones. Racine carrée, c’est aussi la tentative de résoudre un problème insoluble, la quadrature du cercle. Le cercle étant le symbole du spirituel, le carré du monde matériel, il s’agit de mettre du spirituel, dans du matériel. C’est la mission de tout musicien qui se respecte, c’est la mission de Stromae.Extrait de « Ave Cesaria » Issu du rap, il porte le verbe haut et pour le son, il a la science du gimmick comme personne. En rock, un gimmick, on appelle ça un riff, on l’a vu lundi avec les Franz Ferdinand. Ses gimmicks, il se les construit lui-même.Ce garçon est un alchimiste qui transformerait un magasin de jouets en show room d’art contemporain : Il réussit le miracle de rendre des sons pourris de synthétiseurs organiques, de transformer des sons super cheap d’eurodance en cuivraille de batucada de l’espace.Extrait de « Tous les mêmes » Ses rythmiques basiques prennent vie quand il pose sa voix. Et là, le maestro est magistral. Son timbre rocailleux fait rouler les mots comme des rochers qui lui échappent, et il recommence, il pratique la répétition jusqu’à l’hypnose, roulant des yeux comme une Pythie hallucinée par ses propres visions. Alors on danse, alors on danse. Vous l’avez compris, Stromae est Sisyphe, ce héros Grec absurde condamné par Zeus à rouler éternellement un rocher en haut d’une colline pour avoir tenter de défier la mort. Comme un pantin, il tombe et rebondit, sur les autres, sur nous, pour nous prendre à témoins mais jamais en otage. « Il existe un vide dans le cœur des hommes qui a la forme de Dieu », disait Blaise Pascal, le vide dans le cœur de Stromae, a la forme du père.Extrait de « Papaoutai » Qu’est-ce qui fascine, agace, intrigue chez ce garçon swag ? ("Swag", c’est le nouveau mot déjà obsolète pour dire branché). Les Daft Punk déclaraient récemment : « Aujourd’hui, tout le monde fait de la musique avec son portable, c’est pour ça qu’on fait de l’acoustique maintenant... »Fils naturel d’Hergé et d’Arthur C. Clarke, Stromae avec son look chic d’étudiant de Harvard, reste fidèle à sa nation électronique, et construit son monde avec son macbook et un mini clavier, un clavier tout petit petit, pour faire du gros son.

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