André Manoukian nous parle ce matin d’une chanteuse belge inclassable. Et pour cause, elle invente une troisième voix, dites-vous, dans l’histoire du chant, Melanie De Biasio et son album « No Deal ».

Extrait de « I feel you »

En Egypte antique, il existait deux types de musiques : les musiques de banquet, et les chants de funérailles.

Aux premières, on doit David Guetta et Rika Zaraï, aux secondes Billie Holiday et Nina Simone.

Mais voilà qu’une princesse, égyptienne par essence, italo-belge par nature, surgit, et qu’elle semble inventer un nouveau type de chant : le lamento existentiel.

Celui qui exprime non pas la perte d’un paradis perdu, mais l’acceptation de la tragédie humaine dans ce qu’elle a de plus beau.

Extrait de « No deal »

Comme une héroïne blanche sortie d’un film noir des fifties, comme une Anna Magnani au visage sublime demandant des comptes au ciel, la brune Mélanie ose défier le fatum.

Sans véhémence ni pathos, avec le flegme d’un philosophe qui boirait la cigüe comme une tasse de lapsang souchong, elle questionne.

Elle nous chante le blues des origines, celui que les Indiens d’Amérique échangeaient avec les esclaves des plantations. Ses morceaux n’ont parfois qu’un seul accord. Le batteur joue comme un sample répétitif jusqu’à la transe.

Une nappe organique de synthé, comme un bourdon, soutient la tension des accords bibliques d’un piano à la Thomas Newmann. Il y a de l’Egypte antique dans son chant, il y a de la grandeur de mondes perdus. Des Atlantides ressurgissent sous nos yeux, dégoulinantes de beauté.

Extrait de « Sweet Darling Pain »

Deux ans à nous faire cet album, à l’épure. L’orpailleur extrait l’or de sa gangue avec du cyanure, polluant copieusement les rivières d’Amazonie. La bonne nouvelle, ça vient de sortir dans Science & Vie , c’est qu’on vient de trouver un sucre de synthèse non polluant pour remplacer le cyanure.

Mélanie, elle, utilise le vitriol. Le vitriol des alchimistes, celui formé par les premières lettres de la formule latine : Visita Interiora Terrae Rectificando Invenies Occultum Lapidem : « Visite l’intérieur de la terre en la rectifiant tu trouveras la pierre occulte ».

C’est du fond de son ventre qu’elle extrait pour nous ces pierres occultes, ces joyaux taillés, ces mélopées de reine de Saba.

Il faut avoir tout lâché pour chanter comme ça. Dans l’un des titres de son album, « With all my love », elle prononce le mot épiphanie en grec, manifestation des dieux aux hommes.

Je crois qu’on vient d’entendre chanter une déesse. Etait-ce Athéna ou Aphrodite ?

Extrait de « The Flow »

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