André Manoukian nous présente ce matin un chanteur Malien, Vieux Farka Touré, qui sort son quatrième album enregistré à Bamako sur le label américain Six Degrees et qu’il a sobrement appelé « Mon pays ».

Extrait de « Future »

Qu’est ce qui nous fascine dans la musique africaine ? Une sensation d’exotisme ? Une culpabilité post-coloniale ? Une curiosité ethnologique ? Une libération des sens ?

Rien de tout ça. La raison est purement musicale.

C’est la magie de la gamme pentatonique.

Non, ce n’est pas un gros mot, pentatonique, c’est juste une gamme à 5 notes, qui permet, quel que soit l’ordre dans lequel on la prend, de produire une cellule mélodique répétitive qui peut conduire à la transe, rien moins que ça…

Extrait de « Diack So »

Aussi loin qu’on puisse remonter dans le temps, elle est là, cette gamme à 5 notes. Le plus vieil instrument du monde, 35 000 ans, est une flûte taillée dans un os de vautour découverte dans une grotte préhistorique en Allemagne, à Hohle Fest. Eh bien elle a 5 trous.

Est-ce parce-que le chiffre 5 est inscrit dans notre corps ?

Les 5 doigts de la main, les 5 sens… Dans la Kabbale, le chiffre 5 est le chiffre de l’homme accompli. En Chine c’est le chiffre du centre, chez les Mayas c’est le chiffre idéal. Il faudra attendre Pythagore pour que notre gamme occidentale s’enrichisse de deux notes supplémentaires, ce qui va tout changer. Mais en attendant, dans toute l’Afrique et dans toute l’Asie, cette gamme va perdurer pour revenir en Occident bien plus tard sous sa forme moderne : le blues.

Extrait de « Safaré »

Vieux Farka Touré est le fils d’Ali Farka Touré, l’un des premiers guitaristes Maliens, repéré par Ry Cooder avec lequel il enregistra un album récompensé par un grammy award. L’engouement des Américains pour la musique africaine vient de la similitude du blues avec la musique africaine.

Il est intéressant de noter que la fameuse gamme pentatonique arriva aux Etats-Unis par des Indiens Chamanes du nord de la Sibérie qui franchirent le détroit de Behring en 11 000 avant Jésus-Christ pour coloniser le continent américain.

C’est la rencontre bien plus tard des Indiens et des esclaves africains qui va donner le blues. C’est qu’ils en ont des malheurs à se raconter… Les Afro américains, en quête de leurs racines font un triomphe à Ali Farka Touré. Son fils, Vieux Farka Touré a repris la guitare et sur les traces de son père, il est devenu l’un des principaux ambassadeurs du blues malien aux Etats-Unis où il enchaîne les tournées. Aujourd’hui, il revient en Afrique aux sources de la musique malienne d’autant plus que son pays est en danger.

Les islamistes ont cherché à éteindre sa voix, sa famille originaire du Nord a du fuir. En retour il nous délivre un somptueux album qu’il a appelé sobrement « Mon Pays ».

Qu’est-ce qui nous fascine dans la musique africaine ?

C’est que des musiciens comme Vieux Farka Touré sont la mémoire vivante de la musique des origines, celle qui nous réunit tous.

Extrait de « Ay Bakoy »

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