André Manoukian nous présente le deuxième album très attendu de Gaëtan Roussel, « Orpailleur ».

Extrait de « Cha Cha Cha »

Avoir une identité sonore, pour un chanteur, ça n’a pas de prix. C’est avoir une voix reconnaissable entre mille. Alors on a gagné, on est un vrai chanteur. Au début, on a des influences. Et puis un jour, désespéré, on se dit qu’on n’arrivera jamais à chanter comme son modèle.

Et bien, c’est là que tout peut commencer. Le jour où on accepte ses défauts et qu’on s’en fait un style, le jour où, Dominique, vous vous êtes dit, je n’aurai jamais la voix de Patrick Cohen avec ses belles basses de velours, alors je vais explorer mes aigues. Certains usent de subterfuges. John Lennon ne supportait pas le son de sa voix, il voulait chanter comme Elvis Presley. C’est pourquoi il enregistrait avec Phil Spector qui lui mettait un écho sur la voix, à la limite du feedback. C’est devenu le son de Lennon.

Extrait de « Instant Karma »

Extrait de « Eolienne »

Brel et sa belgitude emphatique était un torrent qui dévastait tout sur son passage, Nougaro faisait tourner les « r » dans sa bouche comme un sommelier dégustant un grand vin, Bashung trainait l’étranglement vocal rockabilly d’un Gene Vincent, Charlélie Couture, tout dans les nasales, sonnait comme un cajun qui aurait bouffé un alligator au petit déj, Axel Bauer avec voix bluesy saturée sur fonds d’arrangements somptueux, tous ces gars chantaient en français mais avec un son.

Mais rien comparé à Gaëtan Roussel. Quand son groupe Louise Attaque arrive en 1997, on se dit, mais c’est qui ce barde égaré qui chante une sorte de yodel d’orthophoniste récité façon mantra : « Oh je voudrais que tu te rappelles notre amour est éternel et pas artificiel... »

Bingo, Louise Attaque sort l’album de rock français le plus populaire de tous les temps, avec deux millions et demi d'exemplaires vendus.

Quel est le secret de la voix de Gaëtan Roussel ?

Extrait de « Eolienne »

L’accent de l’enfance au service de textes érudits, la maladresse touchante d’un rocker sensible, la naïveté d’un petit garçon qui aurait un gros « bazar », je parle des possibilités vocales.

Auquel on rajoute l'art de la stance : la répétition d'une phrase courte qui tourne comme un nunchaku.

Économie de moyens, maximum d'effets.

Les sons semblent mixés par un brocanteur du Luberon sur une cuisinière à bois allumée par un accélérateur de particules.

La production, très sophistiquée, est pourtant évidente et l'évidence, comme la simplicité, c'est compliqué…

Extrait de « La simplicité »

Gaëtan Roussel transforme les jeunes urbains en explorateurs sans cause ravis de se perdre dans les bars de Ménilmontant où l’on n’est pas à l’abri de tomber sur un chercheur d'or bourré qui voudrait vous passer votre mojito au tamis.

Et là on se prend à rêver, il y a peut-être de l'or au fond de mon verre, en tout cas il y a de l’or au fond de mes tympans quand j’écoute Gaëtan Roussel.

Extrait de « Orpailleur »

Les liens

La revue de presse de Bruno Duvic avec Gaëtan Roussel

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