Voici une fusion à priori improbable mais pourtant magnifique, celle du chanteur jamaïcain Winston McAnuff et de l’accordéoniste Fixi qui délivrent un très bel album ‘’A new day’’.

Extrait de « I’m a rebel »

Une légende dit qu’en Jamaïque, première escale des navires négriers venant d’Afrique de l’Ouest, étaient débarqués les esclaves les plus récalcitrants, les plus costauds. D’où la taille particulièrement athlétique du Jamaïcain moyen. Et son caractère de cochon. Rajoutez à ça la colonisation anglaise qui longtemps après l’abolition de l’esclavage, faisait bien sentir aux Jamaïcains qu’ils ne seraient jamais des Anglais à part entière, pendant que les Français faisaient réciter dans les écoles des Antilles ‘’nos ancêtres les gaulois’’, et vous avez un peuple fier. Rien de plus pratique qu’un bon ennemi pour se structurer une identité puissante. Donc une musique puissante.

C’est à partir d’une danse anglo-saxonne détournée, le rock, que va naitre le ska, et c’est d’un ralentissement du ska suivi d’un glissement du coup de caisse claire sur le troisième temps que va naître le reggae.

Quand Chris Blackwell, jeune héritier d’une riche famille de planteurs blanc Jamaicains, produisit Bob Marley, il obtint son accord pour rajouter une guitare plus rock, plus électrique, ainsi qu’un synthé, adaptant cette musique des îles à un goût plus européen. C’est ainsi que le reggae envahit le monde. Mais beaucoup de chanteurs reggae ne quittèrent jamais leur île, et hélas le phénomène reggae s’en alla à la mort de Marley, en 81.

Quelques chanteurs s’exilèrent, Bristol recueillit Horace Andy qui devint une des voix de Massive Attack et Paris recueillit Winston McAnuff.

Extrait de « Garden of love »

Fixi est un accordéoniste et un compositeur de grand talent qui traîne son piano à bretelles depuis plus d’une bonne décade avec tout ce qui se fait de plus chic sur la scène alternative parisienne : M, le groupe Java dont il est un des fondateurs, et dont la devise est « rock’nroll, sexe, accordéon et alcool ».

En 2006, Java part en tournée avec Winston.

A la question, quel rythme de danse typiquement français est devenu une danse populaire, puis un genre à part entière : Réponse : la java !

Voilà donc une rencontre au sommet entre deux rythmes forts : Après le jazz et la java, le dub et la valse de Belleville, avec en néo prophète exilé recueilli par une tribu d’adeptes qui grandit de jour en jour, le révérend Winston McAnuff…

Extrait de “One two three”

L’accordéon est l’instrument des marins, et pour sur il y avait des marins irlandais en Jamaïque, c’est même l’un d’eux qui fut le père de Bob Marley.

La fusion est réussie entre de vraies chansons portées par l’énergie de la rue, sur un rythme ternaire, et une voix portée par l’énergie d’un peuple qui ne s’est jamais résigné, par un homme qui ne s’est jamais couché devant les malheurs qui l’ont frappé. Bob Marley chantait Redemption Song, “Wont you help to sing these songs of freedom, cause all I ever have, redemption songs”… Aide moi à chanter cette chanson de liberté, parce-que tout ce que j’ai, c’est ce chant de rédemption.

L’heure de la rédemption semble avoir enfin sonné pour Winston McAnuff qui a retrouvé sa voix de Gospel en même temps qu’un port d’attache, Belleville, et son capitaine, Fixi, qui sait jouer les accords du cœur avec l’énergie du peuple de Ménilmontant.

Extrait de « A new day »

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