André Manoukian nous parle ce matin d’un groupe étonnant, atypique, comme seuls les Anglais savent en produire, loin des courants existants. Il s'appelle de London Grammar.

L’histoire commence à l’université de Nottingham en l’an de grâce 2010.

Deux chevaliers se défient pour l’amour d’une belle.

Dot Major dégaine son piano, Dan Rothman agrippe une guitare.

Le combat est majestueux. Les musiciens rivalisent d’adresse, de retenue, d’invention, et tressent dans l’espace des volutes sonores qui font oublier à la princesse Hannah Reid qu’elle doit les départager. Et la voilà qui joint son chant, si beau et si pur, aux mouvements des guerriers et bientôt la magie de sa voix grave se répand sur les comtés alentours et envoûte toute la blogosphère.

Un charme les lie maintenant tous les trois. Plus fort qu’un serment. Ils ont inventé un langage, une grammaire, la London Grammar.

Extrait de « Strong »

La voix androgyne d’Hannah Reid dessine des lignes pures. Elle produit un lyrisme incroyable et pourtant dénué de pathos.

Quand la courbe est sublime, je parle de la voix, un rien l’habille. Aussi les musiciens vont à l’essentiel, à l’os.

Leur travail consiste à ôter tout ce qui n’est pas précieux. Les brumes atmosphériques des nappes électro-organiques sont déchirées par les frottements de doigts sur les frettes de la guitare pour être enfin baignées de lumière par la voix d’Hannah. Alt-J n’est pas loin, ni l’heroic fantasy.

Un piano droit égraine des accords mélancoliques, et aussitôt le chant d’Hannah Reid console, dessinant une voûte, un ciel étoilé, une arche sonore qui réunit les brumes du septentrion au soleil brûlant du désert…

Extrait de “Wasting my Young years”

Une grammaire agence les mots pour donner vie à des phrases. La seule grammaire qui tienne en musique est la force magnétique qui agence les sons pour donner vie à des émotions.

London Grammar sous les incantations de l’enchanteresse Hannah Reid ressuscite la légende arthurienne.

Le temps des druides est revenu. Mais qu’est Merlin sans Morgane ? Les femmes exclues des rituels n’avaient qu’une alternative : elles se faisaient sorcières, ou chanteuses. Hannah Reid est tantôt Morgane, l’envoûteuse au pouvoir magique, tantôt Guenièvre, la muse, partagée entre Arthur et Perceval. La chanteuse est à la fois apollinienne et dionysiaque, source d’inspiration et source d’embrouilles. C’est un spécialiste qui vous en parle... Quand j’entends les incantations d’Hannah Reid, la chanteuse de London Grammar, j’ai envie de vous prévenir en latin : Cave Carmen , craignez le charme ! Mais je vois votre regard embué parti dans les brumes de Nottingham, et je sais que c’est trop tard, vous avez succombé… Comme je vous comprends !

Extrait de « Hey Now »

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