Moustaki invité de "Studio de nuit" de Jean-Louis Foulquier, sept 1975
Moustaki invité de "Studio de nuit" de Jean-Louis Foulquier, sept 1975 © Radio France

Jean Louis Foulquier était mon voisin. Dans la rue des marchands de chaussures, à Paris, rue Meslay, sa fenêtre presque en face de la mienne. On s’y croisait en se disant joyeusement, salut voisin, c’était cool et peu répandu dans le show biz de se dire, salut voisin.

On était réveillé par la même folle avec un bandeau de samouraï sur la tête qui remontait la rue en hurlant des insultes au monde entier. On en riait. Cet homme-là semblait rire de tout, mais d’un rire de bienveillance, qui ronronnait comme celui d’un gros matou. La dernière fois que je l’avais croisé, il y a quelques temps, il m’avait dit : "je fais l’acteur, c’est tranquille, je lis les textes des autres, en plus, quand je viens à Paris, les producteurs me paient ma chambre d’hôtel ! "

Il s’était retiré dans son coin, son coin d’amour, vers La Rochelle, là où il avait crée son festival de dingues, les Francofolies. Foly, elle s’appelait, celle dont je m’occupais à l’époque, pour qui je composais et qui partageait ma vie, au 10 de la rue Meslay. Liane Foly, qu’un certain Didier Varrod chroniqua pour sa première radio dans Pollen, en commençant son billet par : "Les petites sœurs d’Ella n’ont pas toutes la peau noire..."

Extrait d'"Au fur et à mesure"

Cette fois-là, il nous avait invité avec une chanteuse belge qui démarrait et qui allait devenir notre amie, une certaine Maurane. Faut voir comme elles se sont tombées dans les bras l’une de l’autre ces deux-là, comme si elles s’étaient reconnues. Il faut dire qu’il avait le don, "le" Jean-Louis, de faire des tables de gens qui ne se connaissaient pas mais qui se reconnaissaient aussitôt.

Foulquier Jean-Louis
Foulquier Jean-Louis © Radio France / Roger Picard

Extrait de "Toutes les mamas"

Dans Pollen , il y avait Sylvie Coulomb aussi, en binôme avec Didier, elle était très belle, érudite, elle vivait avec un militant communiste très impressionnant et formait un vrai couple littéraire avec Didier, de cette littérature qui leur était plus chère que tout, de cette littérature amoureuse qui s’appelle la chanson. D’ailleurs il n’y avait que des amoureux dans cette émission. C’était un vrai bordel, on s’asseyait dans un coin, dans la cave de ce café parisien dont je ne souviens plus du nom, les instruments étaient juste à côté, sur une petite scène, on était plusieurs à passer, et lui, Jean Louis Fouquier, il souriait à tous et nous rendait l’exercice du premier live super léger.

C’était un vrai bordel de câbles, de gens qui enjambaient des amplis et qui venaient s’asseoir encore moites dans ses pattes de gros matou alors qu’il annonçait déjà ceux qui allaient suivre en blaguant tranquille entre Didier et Sylvie dont il accompagnait les mots de son regard aux sourcils encore plus épais que les miens. Pourtant, il n'était pas arménien, Jean Louis Foulquier, mais il avait des putains de sourcils noirs et charbonneux qui gardaient jalousement des yeux qui pétillaient en permanence.

Dans la fumée des Gauloises ou des Gitanes qu’il fumait, je ne sais plus, il y avait ses yeux, comme des lumières qui se marraient tout le temps. D’ailleurs, chaque phrase qu’il modulait de cette voix de basse à côté de laquelle même vous, pardon Patrick, vous sonnez comme un enfant à la croix de bois, et je ne parle pas de Dominique Seux, chacune de ses phrases semblait contenir un rire, le rire de Spinoza, une espèce de rire très bienveillant, le rire de l'homme libre qui dit : " Si c'est ça que tu veux, alors vas-y ! C'est rigolo, oui c'est rigolo ! " C'est le contraire de la satire. C'est le rire éthique !

Et des rires, on en avait avec Jean Louis, comme quand il nous raconte qu’un jour, Goldman, "le" Jean-Jacques de chez Goldman, l’invite à diner chez lui et lui fait la cuisine, tout fier. Mais pas de bol, nous dit Foulquier, il n’y a qu’un seul plat que je ne peux avaler, ce sont les endives au jambon, et ce soir, Jean Jacques, il lui avait fait des endives au jambon. Il n'y avait pas Master Chef encore à la télé…

Ou la fois, où aux Francos, Liane Foly, en première de Juliette Greco, chante Les feuilles mortes , et qu’après Juliette qui a aussi Les feuilles mortes à son répertoire, décide de s’évanouir sur scène, histoire de ne pas rechanterLes feuilles mortes derrière...

Extrait des "feuilles mortes" de Juliette Greco

Des trucs de chanteuses, qui le faisaient bien rire "le" Jean-Louis. Il faut dire qu’il les aimait, les chanteuses, et les chanteurs aussi bien sûr. Et "son" Didier Varrod, aussi, il l’aimait, à qui il aimait dire devant tous : ‘’Le jour où je vire de bord, je te promets que c’est avec toi’’. Si ce n'est pas une déclaration d’amour ça, c’est que je n’y connais rien en déclaration d’amour...

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