André Manoukian nous parle d’un groupe de jazz funk français, les Volunteered Slaves, qui fêtent leur dix ans et un nouvel album, « The day after ».

Extrait de « Rock It »

Parfois, il ne faut pas bouder son plaisir mais savoir prendre en pleine face les musiques de joie, elles sont trop rares.

En effet, quand un musicien s’assied derrière son instrument, il a toujours tendance à jouer des accords mineurs, à se plaindre, comme s’il voulait se faire consoler. Souvenez-vous de la confidence de McCartney qui s’enfermait aux toilettes pour confier ses peines à sa guitare.

Alors quand un groupe comme les Volunteered Slaves arrive avec des accords éclatants et des riffs lumineux, prenons-les à bras le corps.

Leur nom est une prise de conscience : la servitude volontaire, qu’Etienne de la Boétie écrit à l’âge de 19 ans, est un réquisitoire contre l’absolutisme. Et c’est bien de délivrance dont il est question ici : délivrance des énergies, des nœuds qui nous embrouillent les pensées, les tripes et les doigtés.

Nos joyeux esclaves semblent nous dire ‘’Ok, la vie n’est pas facile, mais pour une fois, retroussons-nous les manches, prenons-nous en charge, en esquissant une danse tribale, ou un sourire à notre voisine, ou une pichenette aux sombres pensées. Parce qu’on n’est pas à l’abri de vivre un bon moment. Alors autant se préparer à ne pas le rater quand il va se présenter devant nous’’.

Extrait de « Snake’s stairs »

Funkys mais pointus, barrés mais concentrés, ces Starsky et Hutch post modernes se démènent comme de beaux diables pour qu’on entre dans la transe.

C’est la condition première du sorcier qui tient les percussions : ne jamais lâcher la cloche, celle qui scande, découpe le temps en cercles, et donne du sens au chaos qui nous entoure.

Les Volunteered Slaves nous envoient un message porté par un Hermès aux pattes d’eph vintage, un message de vitalité survitaminée qu’il faut consommer sans modération.

Slave to the rhythm , chantait Grace Jones dans les années 80, ces Slaves là sont les enfants du beat, du groove, de la tournerie, de l’ivresse des origines.

Extrait de “No matter what they say”

Après le gai savoir, le gai foutoir… Nietzsche en voulait à Socrate, l’inventeur de la philosophie qui voulait débarrasser l’homme du désir au prétexte qu’il est source de souffrances.

Le dieu préféré de Nietzsche, Dionysos, est tout le contraire, fantasque, loufoque, débridé. Il est le dieu de l’enfance, puisque l’enfant n’est qu’un désir inassouvi. Il est le dieu des femmes : leur rapport aux puissances de la nature est direct, du fait qu’elles enfantent.

Il est le dieu de la marge et de la transgression, mais en même temps du renouveau, de la joie et de la vie, de l'ouverture à l'autre, qui va contre la tendance de l'homme à se replier sur ses certitudes rationnelles.

En vérité je vous le dis, Dionysos est funky, Dionysos est grand, et les Volunteered Slaves sont ses prophètes.

Extrait de “Don’t stop ‘till you get enough”

Les références
L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.