Ce matin, André Manoukian nous raconte une rédemption, celle d’un ancien sans-abri, un musicien de l’art brut sorti de l’enfer, Willis Earl Beal qui sort son deuxième album : « Nobody Knows ».

Extrait de « Wavering lines »

Aujourd’hui tout le monde fait de la musique, avec son ordinateur, son Smartphone, sa console de jeux. Aujourd’hui les sites de streaming vous proposent dans leur page d’accueil plus de disques que vous ne pourrez en écouter dans une vie. Aujourd’hui les gosses téléchargent des disques durs entiers dont ils n’écouteront à peine que le dixième.

Aujourd’hui l’acte de chanter, autrefois sacré, est devenu d’une banalité affligeante.

Le moindre môme surpris en train de mimer Mickael Jackson dans sa salle de bain se retrouve propulsé par ses parents dans un casting.

(Et je ne vous parle pas du karaoké de Saint-Julien-Molin-Molette, où on vous a vu sévir plus d’une fois Patrick !) Alors comment dans ce milliard d’informations reconnaître un chanteur essentiel comme Willis Earl Beal ?

Parce que dans sa voix, il y a un cri primal, une urgence, qui nous fait comprendre que pour lui, chanter, c’est une question de vie ou de mort…

Extrait de « Burning Bridges »

Le parcours de Willis Earl Beal est l’histoire exemplaire d’un enfant rêveur qui se heurte au mur du réel sans même comprendre qu’il est devenu adulte. D’échec en échec, il se retrouve SDF à Albuquerque.

Il chante dans la rue, puis investit le peu d’argent ramassé dans du matériel de karaoké.

Ce qui le tient vivant, c’est qu’il rêve d’avoir une copine.

Alors il dessine sur des petits papiers son portrait auquel il rajoute son numéro et il promet à qui l’appelle qu’il chantera une chanson au téléphone. Il laisse ses CD avec ses dessins un peu partout, dans les bars, les cafètes de fac.

Un fanzine de « street art » publie son message.

Des filles commencent à l’appeler, des gars aussi, jusqu’à un certain Mos Def, rappeur acteur engagé, qui va le produire et lui parle même d’adapter son personnage au cinéma …

Extrait de « Ain’t got no love »

Comment produire un lascar pareil sans perdre la magie ?

En le laissant faire comme il l’entend.

Car Willis Earl Beal, qui fut réfractaire à toute forme d’enseignement, fait de l’Art brut, comme Monsieur Jourdain faisait de la prose, sans le savoir. Définition de Jean Dubuffet, inventeur du terme. Art brut : ouvrage exécuté par des personnes indemnes de culture artistique, où se manifeste la seule fonction de l’invention, et non, celles, constantes dans l’art culturel, du caméléon et du singe.

Non, Willis Earl Beal n’est décidément ni un caméléon, ni un singe, c’est juste un gars de la rue qui y a puisé l’énergie nécessaire pour produire un chant céleste…

Extrait de « Too dry to cry »

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