André Manoukian nous parle d’un jeune chanteur américain au chant singulier, Ramona Córdova, qui après avoir disparu pendant 7 ans, revient avec un deuxième album inclassable…Extrait d'"After all" Un piano droit un peu acide et bien bastringue, une voix de falsetto filtrée comme dans un téléphone, un archet qui scie une corde de violoncelle avec du crin de bison, toutes ces textures sonores acides et joyeuses nous pètent à la figure. Comme si on avait été enfermé dans une cage de privation sensorielle et qu’au sortir on appréciait enfin les merveilles du monde qui sont tous les jours sous notre nez que seul le chant de Ramona nous donne à voir.L’Art brut, le folk art, sont ici transposés en sons. Au delà du bricolage expérimental, son chant asexué nous renvoie à un dieu de l’enfance, de la joie, de l’innocence retrouvée.Ce disque est une thérapie. Comme s’il rendait les objets usés jusqu’à la moelle qui font notre quotidien à leur vitalité première et débordante.Combien singulier est ce chant, à l’heure où beaucoup se perdent dans les sentes balisées du folk des anciens, du folk pop, du trash folk, du cyber folk, du neo folk, de l’antifolk ou du post folk, Ramona ânonne des voyelles comme un enfant et dynamite joyeusement tous les genres… Extrait de "Ballroom" Son chant semble aller au-delà du langage, une langue de troll, de lapon, qui donne le vertige. Il nous transmet un regard naïf de poisson rouge qui redécouvre le monde toutes les 10s. Avec lui nous perdons la mémoire, il nous déprogramme le cortex et nous fait péter la lecture rationnelle du monde.Nous nous sentons investis du devoir de le protéger, de le préserver, comme un botaniste qui aurait découvert dans une forêt subtropicale une orchidée qui marche ou un lémurien qui pousse.Son invention est totale.

Extrait d'"Others" Comment ne pas penser à "Into the wild", le parcours de ce gars qui crame ses derniers billets avant de se lancer seul en Alaska vivre dans une cabane au milieu d’une nature en folie..Comme lui, Ramona a quitté pendant 7 ans la société des hommes pour errer d’un squatt lyonnais à la Nouvelle-Orléans, à pied, à cheval, en bus, en vélo, en bateau, en train, en truck..Il s’est perdu, a connu la misère, des nuits sur le trottoir et des voies lactées sous le ciel de l’Alaska, dans une cabane aussi, justement. C’est son journal amoureux qu’il nous livre ici, des histoires d’amour codées par la pudeur de l’auteur..Les arrangements végétaux, comme des images vieillies par la pluie et photographiées au fur et à mesure de leur dégradation redeviennent organiques, à la manière de l’Houellebecq de "La Carte et du territoire". Il y a de la folie dans ce chant, de la folie qui guérit de la folie…

Extrait d'"Horses"

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