Voici Dhafer Youssef, un chanteur, outiste, à la technique vocale inouïe. Son dernier album s’intitule « Birds requiem ».

"Birds canticum"

Le jeune Dhafer, dans sa Tunisie natale, est initié au chant coranique par son Grand Père, et à Michael Jackson par la radio.

Le carrelage de la cuisine de sa mère lui renvoie un espace sonore qui donne des ailes à sa voix, et c’est là qu’il va mettre au point, seul, en autodidacte, une technique vocale qui va lui permettre d’atteindre des hauteurs inouïes.

Puis l’enfant Dhafer, apprend le oud, le luth arabe. Il en devient un virtuose, et désormais, s’accompagnant lui-même, il peut s’embarquer vers son destin.

Très vite les frontières de la musique traditionnelle arabe sont trop étroites pour lui, et c’est dans le jazz que le jeune Dhafer va trouver un vocabulaire et une technique suffisamment riche pour lui permettre de s’envoler.

Les mesures simples occidentales, à quatre ou à trois temps l’ennuient. A Vienne, où il se pose, il travaille avec un maitre indien des tablas et découvre les mesures composées.

5 temps, 7 temps, 11 temps, jusqu’à écrire des morceaux en 23 temps qui sont aussi faciles à écouter que de simples morceaux à 4 temps.

C’est là tout le talent du compositeur, de rendre simple ce qui est complexe.

"Sevdah"

Il faut le voir sur scène poser un doigt sur son nez, puis placer sa main en conque, et l’écarter et la rapprocher pour atténuer, canaliser le son. Son corps devient comme un tuyau qui résonne, émettant une vibration pure qui nous envoie dans l’espace, et l’on reste sidéré et suspendu à chacune des notes qu’il lance vers le ciel..

Et comme pour faire fi de l’exploit, il se jette soudain joyeusement sur son oud et entame un riff endiablé avec son pianiste, avec l’énergie qui transforme les champs de bataille en chants d’harmonie.

C’était encore samedi dernier, sur le grand chapiteau du Cully jazz festival où il fit un triomphe.

"Archaic feathers"

S’il mélangea longtemps son Orient avec celui du pianiste arménien Tigran Hamasyan, c’est ici avec le pianiste estonien Kristjan Randalu, le batteur hollandais Chander Sardjoe, le clarinettiste turc Hüsnü Selendirici et le norvégien Nils Petter Molvaer à la trompette qu’il partage les accords enrichis et les rythmiques complexes de cet hommage solennel et serein qu’il a composé pour sa mère, Bird cantique, le cantique des oiseaux.

Notre oudiste autodidacte parcourt désormais les capitales de New York à Paris et jusqu'en Norvège, partout où il peut se confronter au gratin des musiciens de jazz, avec une maxime qui semble avoir été faite pour lui :

"Ne demande jamais ton chemin à quelqu'un qui le connait, car tu pourrais ne pas t'égarer".

"39th Gulay (to Istanbul)"

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