Ce matin, André Manoukian nous parle d’un groupe Touareg, Tamikrest, qui sort son troisième album intitulé « Chatma », et qui pratique un genre désormais reconnu dans le monde : le blues du désert.

Extrait de « Assikal »

Les mêmes causes produisent les mêmes effets. Mais le déterminisme s’applique aussi à la musique. Un peuple privé de sa terre se console toujours en produisant le même type de chant : Qu’il soit afro-américain, brésilien, arménien, yiddish, palestinien ou touareg, ce chant est le blues.

La musique est liée au territoire disait Gilles Deleuze, qui avait inventé un concept au nom barbare : la déterritorialisation : un territoire ne vaut que s’il est quitté.

Un homme privé de son territoire éprouve un manque habité.

Ce territoire devient si gros à l’intérieur de lui, que quelque chose doit sortir, d’une manière ou d’une autre, et ce quelque chose, c’est un chant, poignant, qui nous renvoie à notre exil intérieur…

Extrait de « Tisnant An Chatma »

Les Touaregs, pourtant les premiers à peupler l’Afrique du Nord, sont exilés sur leur propre terre : leur territoire est réparti entre 5 pays qui les traitent en parias : L’Algérie, le Mali, le Niger, la Lybie et le Burkina Faso.

Pour en rajouter une couche, une grande sécheresse de 68 à 74 crée un exode massif ; les jeunes quittent leur région et deviennent contrebandiers. Pas le choix, les administrations leur sont hostiles et les frontières ne leur reconnaissent aucune citoyenneté. Ils les traversent « en fraude », et d’ailleurs « afrod » devient un mot intégré à leur vocabulaire pour désigner la contrebande.

Certains affrontent parfois jusqu’à 700 kms à pied dans le désert, armés d’un bidon de 5 litres d’eau. Les survivants gardent leur bidon comme trophée, et s’en servent sous forme de tambour ou, lui rajoutent un manche pour en faire une guitare …

C’est ainsi que naît le blues du désert.

Extrait de « Achaka Achail Aynaian Daghchilan »

Les touaregs auraient du se méfier : d’entrée, dans la Bible, ça commence mal pour eux : Abel le nomade est tué par Caïn le sédentaire. Les ethnologues voient dans ce crime le meurtre fondateur de toute civilisation.

Mais nous qui redevenons des nomades high-tech, transportant notre savoir dans nos portables, nous pouvons mettre fin à cette malédiction biblique, en écoutant les chants de Tamikrest, pour commencer.

Ils parlent des femmes. Des femmes qui sont au centre de leur société Touareg.

Des femmes poétesses qui sous les étoiles savent décrire la beauté du désert et rassemblent les hommes autour d’un même cercle.

Allez, on s’assoit avec eux.

Qu’elles sont belles, les étoiles … Mais elle est où la Grande Ourse, elle est là ?

Ah non elle est là …

Extrait de « Djanegh Etoumast »

Tamikrest en concert dans toute la France et notamment à La Maroquinerie à Paris, le 15 octobre

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