André Manoukian nous parle aujourd’hui de Terez Montcalm qui revient avec un septième album « I know I’ll be alright », dans lequel la Canadienne mélange ses propres compositions et quelques unes de ses chansons préférées…

Extrait de “Wanna Be Startin' Somethin'”

L’art de la reprise est un exercice obligé chez tout jazzman qui se respecte. En effet, la plupart des standards que nous connaissons, de Summertime à All the thing you are en passant par My funny Valentine, ne sont ni plus ni moins que des chansons populaires créées pour une grande majorité dans les comédies musicales de Broadway.

En fait, les jazzmen se sont toujours emparés de mélodies pop pour exercer leur talent d’alchimiste, jusqu’à Nirvana repris par le génial pianiste Brad Mehldau…

Alors qu’est-ce qui fait que l’exercice banal de la reprise se transforme en événement dans la bouche de Terez Montcalm ? D’abord, elle est entourée d’un quartet imparable qui a eu la classe de réduire les arrangements à l’essentiel, qui stylise jusqu’à l’épure, évitant les poncifs et lieux communs...

Enfin la voix, imparable, de la plus québécoise de nos chanteuses de jazz se love dans les mélodies de Stevie Wonder, de Michael Jackson, de Bowie ou de Bécaud avec un égal bonheur et elle nous fait croire le temps d’une chanson que ces titres furent crées pour elle…

Extrait de « Superwoman »

C’est pas le tout de bien jouer d’un instrument, encore faut-il se faire un son. Au saxophone, Lester Young mettait beaucoup d’air, Miles Davis première période aimait la sourdine sur sa trompette. Une chanteuse n’a pas beaucoup de choix, la nature lui donne un timbre avec lequel elle va devoir composer toute sa vie.

Tenez-vous, Patrick, elle vous a doté d’un organe profond mais lumineux, extrêmement viril mais moelleux qui fait que femmes et hommes se sentent rassurés même quand les nouvelles ne sont pas bonnes, tandis que Dominique Seux et moi-même, un peu plus dans le nez, sommes obligés pour convaincre de déployer des circonvolutions vocales proches de celles de Claude Piéplu, qui faisait la voix des Shadoks, avec le risque de passer pour de doux cinglés, alors que pas du tout ! Revenons à Terez Montcalm, la nature fut généreuse en lui offrant une solide voix de mezzo recouverte d’un léger voile qui lui donne une texture sensuelle qu’elle se plaît à saturer très légèrement, donnant des coups de glotte tel un saxophone funky qui envoie des petites explosions d’air pour déclencher les notes.

Extrait de « Lily »

Sa rythmique est implacable, elle a le groove d’un instrumentiste virtuose, et quand elle feule, elle le fait avec toute la science et la malice d’une brunette qui vous ferait avaler votre catéchisme en moins de temps qu’il n’en faut pour dégainer votre collier de gousses d’ail. Aïe ! Trop tard, vous êtes mordu…

Extrait de « Je reviens te chercher »

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