André Manoukian nous présente un album attendu dans le paysage de la chanson française, celui de « Thomas Fersen and the Ginger Accident ».

Extrait de « Joe la classe »

Thomas Fersen a un petit pète au casque. Un petit pète de poète, et un bestiaire, un peu fantastique, mais bienveillant.

L’esprit d’un animal, comme vous le savez, n’est pas incarné en lui, contrairement à l’esprit de l’homme, mais il plane au dessus de lui. C’est donc la première entité spirituelle que l’on rencontre quand on pénètre dans le monde des esprits.

C’est pourquoi les totems animaux sont vénérés dans les religions premières.

Or Thomas Fersen n’a pas fait un seul album sans chanter sur un animal (en1993 le Bal des oiseaux , lapin avec des ronds de carotte en 1995, un Jour du poisson en 1997, cheval ailé (magnifique pégase), chauve souris, chat botté, iguanodon lion ou blatte).

C’est qu’il est malin, notre Thomas : il se place sous la protection bienveillante de ces esprits qui le guident et, pour le moins, lui donnent inspiration, attitude et pouvoir de sorcier.

Entrons maintenant dans son dernier album par la grande porte…

Extrait de « Donne moi un petit baiser »__

Pas de commentaires, quand on arrive à tenir une chanson avec une phrase de 5 mots, c’est qu’on a atteint dans l’échelle de la sagesse, l’avant dernier degré, le dernier étant le silence. Mais ne tentons pas notre Thomas, il serait capable de relever le défi et de nous offrir un texte où les mots seraient son inspir et son expir... Entre Nino Ferrer et l’homme de Rio, il renoue avec des chansons au format court comme dans les sixties.

Ses orchestrations Pourcel, version Franck, nous emmènent dans un road trip qui part de la manufacture des armes et cycles de Saint-Etienne pour aller jusqu’à Calcutta, détroit du Gange, en passant par le pensionnat désaffecté d’un vieux manoir de Bretagne. Oui, c’est un album œcuménique que nous a concocté frère Thomas.

L’onctuosité somptueuse des cordes d’un orchestre Bollywood mixée aux rythmiques cinématiques de Cédric de la Chapelle, et voilà un écrin de velours rouge pour la voix bien timbrée de notre moine païen. Extrait de « Laboxe à l’anglo saxonne »

Il se moque avec une poésie qui prend soin de ceux qu’il observe.

C’est un érudit glandeur qui connaît la rhétorique du baby-foot.

Un dandy sans le dédain.

Un snob humanitaire. Un « aristoprolo ».

Un peu du Douanier Rousseau pour la peinture naïve, un peu de Marcel Duchamp pour le détournement des petits objets, un peu de Lévi-Strauss pour les totems déjantés, un soupçon de Young pour pénétrer les méandres des cerveaux parfois dérangés de ses contemporains.

S’il était un cinéaste, il serait entre Yves Robert et François Truffaut, mais c’est un chanteur, et c’est comme ça qu’on l’aime. Merci Thomas, continuez de nous régaler.

Extrait de « Les pingouins des îles »

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