André Manoukian nous présente Cécile Mc Lorin Salvant, jeune chanteuse franco-américaine de 24 ans, lauréate du concours de jazz « Thelonious Monk » en 2010.

Extrait de “I didn’t know what time it was”

Cécile Mc Lorin Salvant possède la grâce de l’innocence. L’innocence de sa voix, dont la signature la distingue entre mille. Une voix mezzo avec un léger voile qui déclenche des harmoniques à peine discernables.

Est-ce pour cela qu’elle nous touche? La voix reste l’instrument le plus mystérieux qui soit.

On ne peut pas tricher avec.

Elle nous démasque, trahit nos émotions.

Flaubert récitait tout fort ses textes dans ce qu’il appelait son « gueuloir » pour les mettre à l’épreuve. Il disait : la voix sort de mon corps mais tout mon corps est dans ma voix.

La plus belle définition du chant, je la tiens d’une religieuse interdite de chanter devant les hommes car « chanter, disait-elle, c’est pire que se mettre nue, c’est dévoiler son âme ». Voilà ! Ainsi, le chant n’est ni plus ni moins qu’un strip-tease spirituel. Voilà pourquoi les fans sont hystériques devant leur chanteur préféré, c’est qu’ils ont le sentiment de le connaître jusqu’aux tréfonds de son âme...

Extrait de “You bring out the savage in me”

Les filles sont dingues des garçons qui chantent avec la voix aiguë, les Beatles déclenchaient des rigoles d’urine dans les théâtres où ils se produisaient.

Moi, ce sont les voix graves de femmes qui me provoquent des érections capillaires.

L’éloge de l’androgyne affirmant que la beauté, c’est un peu de masculin dans du féminin et un peu de féminin dans du masculin (il n’y a qu’à voir la ressemblance de Ramsès et Nefertari sur les bas reliefs égyptiens ou le visage carré de la Joconde) ne suffit pas à m’expliquer pourquoi la voix grave et voilée de Cécile Mc Lorin me touche jusqu’au fondement de mon être…

Extrait de « Oh my love » tiré de l’album "Gouache" de Jacky Terrasson

Jankélévitch, ce génial philosophe qui avait la voix de Claude Piéplu, a une explication : la chanteuse est à la fois apollinienne et dionysiaque. Apollinienne car elle nous élève vers une forme de spiritualité. Mais elle est dionysiaque quand elle charme, ôtant toute volonté à celui qui l’écoute, tel le joueur de flute d’Hamelin ou le charmeur de serpents.

Quand la muse se transforme en sirène, il faut alors s’attacher très fort au mât du bateau pour ne pas plonger dans les flots de la libido…

« Cave Carmen » dit-on en latin, prenez garde au charme, mais rien ne vous sauvera de celui de Cécile Mc Lorin.

Extrait de « Baby have pity on me »

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