André Manoukian revient sur la sortie du dernier album « New » de Paul McCartney, qui, à 71 ans, est fébrile comme un débutant qui passe un examen…

Extrait de “On my way to work”

On pourrait penser que le rock mélodique est un oxymore, en tout cas une forme tardive et dégénérée du rock originel, à trois accords et à cinq notes, le fameux riff pentatonique.

Mais non, la mélodie était vissée dans le rock dès le début, grâce aux Beatles, et surtout grâce à Macca.

Ce mélodiste enrichit très vite les trois accords de base, d’accords diminués, de modulations, d’harmonies doo wap, sur lesquels le génial arrangeur des Beatles, Georges Martin, pose des contrepoints baroques, des arrangements déglingues de fanfares de carrousels mixées dans des haut-parleurs qui tournent, truffés d’expérimentations électro-acoustiques, comme la fois où, dans « Sergent Pepper », ils ont mis des ultra-sons pour chiens. Si vous avez un chien, jouez-lui Sergent Pepper, il va s’éclater.

Le son des Beatles s’est fait sur un terrain de jeux, et son dernier géniteur est là, bien vivant et décidé à s’amuser une fois encore avec les meilleurs producteurs de la planète : Mark Ronson pape de la soul anglaise avec Amy Winehouse, Paul Epworth pape de la pop avec Adèle, Ethan Jones pape de l’indie avec Kings of Leon, et Giles Martin, fils du pape Georges Martin.

Extrait de « Queenie Eye »

Ce qui nous amène à la question : qu’est-ce qu’un producteur ? C’est un gars qui a de l’oreille, qui maîtrise les techniques d’enregistrement les plus sophistiquées, qui possède une agrégation de psychologie pour dealer avec l’instrument le plus imprévisible et le plus merveilleux à la fois : la chanteuse (je rappelle qu’une chanteuse peut indifféremment s’incarner dans une fille ou dans un garçon).

Quand Mark Ronson, le producteur d’Amy Winehouse, rencontre Macca pour la première séance de travail, il n’en mène pas large : autour de lui, les instruments de légende, le mellotron de Strawberry Fields, sorte d’antique sampleur avec des bandes magnétiques sur chaque note.

Le plus grand songwriter vivant de l’histoire du rock n’roll lui tend sa chanson, en lui demandant : Qu’est-ce-que tu veux en faire ?

Et Ronson pense dans sa tête : « là, vaut mieux pas que je déconne ».

Extrait de « Alligator »

Son secret de mélodiste, Paul le confie sur son site Internet. Chez lui, à Liverpool, alors qu’il était encore chez ses parents, la pièce qui sonnait le mieux pour sa voix, c’était les cabinets, à cause da la réverb’. Qui présentaient en outre l’avantage de fermer à clé…

Oui, c’est sur ce trône que le jeune Paul confiait ses misères à sa guitare en composant ses premières chansons.

Bon, moi perso, mon piano ne rentre pas dans les cabinets. De toute façon, j’étais plutôt Stones que Beatles, et dans les Beatles, j’étais plutôt Lennon que McCartney, mais là, franchement, il faut avouer que McCartney nous a fait un super album à la McCartney, et au fond, c’est ce qu’on attendait de lui…

Extrait de « New »

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