Pour votre première chronique, vous qui êtes un amoureux des voix, vous avez décidé de nous parler d’une légende aujourd’hui disparue, de LA référence absolue des chanteuses de folk et de blues, selon vous, Karen Dalton.

Oui mais auparavant, je voudrais juste vous dire ceci : quand un ingénieur du son investit un nouveau théâtre, pour mesurer l’acoustique de la salle, il passe un disque qu’il aime.

Ce matin, j’investis un nouveau lieu, et en plus, je passe derrière Didier Varrod, l’homme qui écrit avec son cœur.

Alors, permettez-moi, pour sonder mon nouveau territoire sonore, de jouer le disque qui me fait le plus chaud au cœur, l’archétype de la chanteuse écorchée, Karen Dalton.

Karen Dalton vérifie que oui, le blues vient des indiens d’Amérique, qui partagèrent leur chant avec des esclaves en fuite.... Née en 1937 d’un père Irlandais et d’une mère Cherokee, Karen Dalton est fille mère à 15 ans. Deux ans plus tard, elle va se réfugier dans un village désaffecté de la ruée vers l’or, Copper Rock, Colorado.

Le soir elle va à la ville à pied et chante dans un bar.

Elle y rencontre un joueur de banjo, qui fasciné par sa voix, la convainc de partir pour New York, Greenwich Village, où un certain Bob Dylan fait ses débuts. Il dira d’elle: Karen Dalton est ma chanteuse préférée, elle a la voix de Billie Holiday et elle joue la guitare comme Jimmy Reed.

Qu’est ce qu’un livre s’il ne vous donne pas un coup de poing disait Kafka, et qu’est ce qu’un chant s’il ne vous retourne pas l’estomac ? Karen Dalton est douée d’une technique vocale unique : elle comprime l’air, et d’un coup de glotte, elle propulse le son qu’elle module dans sa bouche en gonflant ses joues, avec la gourmandise d’un œnologue qui goûterait un grand cru.

Ainsi, la moindre note qu’elle émet est à la fois d’un total abandon et d’une maîtrise absolue.

Karen Dalton, mourra, seule, dans la rue à New York, en 93, près de là où elle chantait.

Comme Billie Holiday, elle a vu l’enfer, mais si elle n’a pas pu s’en sauver, elle nous en a ramené un chant éternel.

À l'heure ou tant d'apprentis chanteurs tueraient père et mère pour graver du vent dans du mp3, il est bon de rappeler que Karen Dalton détestait qu’on emprisonne sa voix, comme un touareg refuse la photo de peur qu'on ne capture son âme...

Ce qui donne à ses rares enregistrements la valeur d’un témoignage animiste. Son chant est l’incarnation du Grand Esprit dans du vinyle.

It’s so hard to tell who’s going to love you the best __ sorti en 69 et In my own time produit par Michael Lang, le producteur de Woodstock, sorti en 71, sont les deux objets sonores et sacrés qu’elle nous lègue, pour l’éternité…

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