Blue Note sort une compilation de Claude Nougaro et André Manoukian répondez : présent !

Chanter du jazz en français, à priori c’est impossible.. Non que les Français soient rétifs à cette musique, loin de là, car sans parler de l’âge d’or des caves de Saint Germain, ils ont amené une contribution majeure à la naissance de cette musique de liberté née à la Nouvelle Orléans à la fin du 19ème siècle, dans le French Quarter justement, et surtout à Congo Square, ce parc qui le dimanche matin était le seul endroit des Etats Unis où les esclaves africains étaient autorisés à pratiquer leurs rites, autorisation qu’ils tenaient des Français bien moins rigoristes et plus tolérants que nos puritains cousins du Mayflower. Quant au quadrille des Tuileries, né en 1792, il donna le ragtime lorsqu’il fut arrangé par un certain Ferdinand Joseph Lamote, alias Jelly Roll Morton.Une fois revendiquée cette paternité, il faut hélas admettre que notre langue swingue comme une biscotte comparée à la langue de Shakespeare, si on n’y met pas du sien.. Pour ce qui est d’y mettre du sien, heureusement, nous avons Claude Nougaro…

Avant Nougaro, il y a qui ? Jacques Lantier, certes un crooner, mais gaffe les diabétiques.. Trenet, beaucoup plus nerveux, le premier à chanter sur du swing. Mais c’est loin d’être du jazz. La diction trop pointue, le rythme de son phrasé loin de celui de l’orchestre, il chante et les autres l’accompagnent.Salvador, mais sa spécialité c’est la Bossa Nova, la langueur brésilienne…Si Nougaro l’affectionne aussi, la Bossa Nova, il la sort des bars chics des palaces pour nous emmener dans la moiteur des favelas.. Enfin !

En quoi Nougaro révolutionne-t-il le jazz ? Il est le premier ( et le seul ) à le prendre par les cornes. Parce qu’il est un taureau. Parce qu’il vient du sud. Parce qu’au delà de ses oripeaux et de ses origines, si son cheveu est crépu, il le doit aux Sarrazins qui jadis vinrent jusqu’à Toulouse, la musicalité de son verbe, c’est à la langue toulousaine qu’il la doit, langue qui fait rouler et rebondir les mots comme autant de cailloux précieux sur les chemins arpentés par les poètes du sud, ceux d’Audiberti ou de René Char.Les mots de Nougaro, leur sens, leur son, furent conçus avec son sang, sa sueur. Tambourine de tes boules de cuir nos tympans têtus, et ce pour l’éternité, empereur Claude, oh souverain pontife de sa majesté le Jazz..

Les morceaux du jour : "Quand le jazz est là", "A tes seins" "bidonville" et "Dansez sur moi"

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