André Manoukian nous présente un jeune chanteur français, qui maitrise le verbe et le son, Laurent Lamarca, pour la sortie de son premier album très attendu : « Nouvelle fraîche ».

Extrait de « Nouvelle fraîche »

Didier Varrod m’avait prévenu, ça n’est pas évident de trouver des nouveautés en français. Les mômes aujourd’hui, encouragés par la french touch veulent tous chanter en anglais.

La faute à la langue de Molière qui ne fait marcher que trois petits muscles autour de la bouche quand l’anglais ou même le québécois fait marcher les résonateurs du nez, du front, de la gorge. Rentrez dans un pub anglais, le volume sonore est 20 db de plus que dans un café français. Nous avons une des langues les moins musicales du monde, avant derniers avant les japonais, c’est dire…

Alors le premier réflexe d’un apprenti chanteur pour maquetter c’est le yaourt, de l’anglais de contrebande.

Après, il faut se torturer les méninges pour trouver des mots français qui sonnent et fassent sens alors que le moindre chanteur briton qui dit « passe moi le sel » a l’air de vous faire une déclaration d’amour.

D’un côté, des chanteurs à textes mais à la voix anémique et de l’autre des chanteurs à voix aux textes indigents.

Eh bien c’est fini : Lamarca a œuvré pour la réconciliation des genres, le retour de la musicalité dans la chanson française.

Extrait de « J’ai laissé derrière moi »

Les brisures bluesy dans la voix tordent des mots simples qui deviennent comme autant d’injonctions de vie.

Il y a une urgence du bonheur dans le chant de Lamarca.

Des gros synthés analogiques déploient une texture organique sur laquelle de subtiles guitares acoustiques égrainent des accords folky.

Le mélange est puissant, tendance, mais plus subtil que la grosse artillerie déployée par nos cousins belges.

Extrait de « Taxi »

D’autres fois, il n’a pas peur de s’exposer nu, avec une simple guitare folk, et c’est là qu’il ramasse la mise bien sûr, c’est là qu’il touche mon cœur de ménagère.

Ce beau gosse un peu crâne genre pirate de Belleville fut élevé dans la banlieue de Lyon, où il s’est bricolé sa musique dans le garage à sons de son père musicien, entre trip-hop heureux et rock habité.

Extrait de « Venus »

Ce Thom Yorke joyeux, ce Souchon croisé MGMT a trainé sa guitare avec Camélia Jordana, composé pour Ycare, Luce, (dis donc mon garçon, t’es pas en train de me piquer tous mes chanteurs de la Nouvelle Star ?)

Après avoir rôdé ses chansons sur les routes de France et de Navarre, c’est aux Francofolies qu’il se fait remarquer, et voici enfin son premier album, qu’il a concocté dans son home studio mais qui est mixé par le désormais pape du son français Julien Delfaud.

Extrait « Les jolies choses »

Oui, disons le tout net et ça fera plaisir à Arnaud Montebourg : autrefois, et depuis les yéyés, il fallait traverser la Manche pour trouver des ingénieurs du son qui faisaient du gros son. Maintenant, ne cachons pas notre joie, nous avons au moins dix mixeurs gaulois que la planète musique nous envie, de Zdar en passant par Renaud Letang, Mirwais et Julien Delfaud, le dernier révélé d’entre eux. Du côté de la musique, les nouvelles sont bonnes, la France a rattrapé son retard côté production et si on se met à avoir des jeunes chanteurs qui chantent en français des textes intelligents avec des voix bluesy et du gros son, alors là, je dis, on est les rois du pétrole…

Les références
L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.