Par Didier Varrod.

Damon Albarn  - Primavera Sound Festival 2013
Damon Albarn - Primavera Sound Festival 2013 © © Sebastien Dehesdin/The Hell Gate/Corbis

C’est l’évènement musical de ce printemps. Aujourd’hui sort le premier album de Damon Albarn. Le leader du groupe anglais Blur, de Gorillaz et de tant d’autres projets artistiques aura donc attendu d’avoir 46 ans pour oser l’aventure en solo…

Et cela donne une grande traversée dans la mélancolie, une marche à l’envers et au ralenti vers la genèse d’une vie née sous l’arc divin de la bohême, commencée dans l’est londonien pour se poursuivre dans une maison bâtie à la fin du moyen âge. Empreinte de son histoire personnelle, voici l’éloge de la lenteur au pays de la pop qui interroge avec une candeur nécessaire le rôle dévastateur de la technologie.

Extrait de « Everyday robots »

Nul révisionnisme dans le discours, Damon Albarn ne nous fait pas le coup du c’était mieux avant. Au contraire. En 12 chansons vaporeuses, il trace le portrait d’un homme d’aujourd’hui, pacifié, rassemblé, dénudé, livrant le fruit mur de ses métamorphoses à son complice et homme son Richard Russel chargé de résoudre cette magnifique impossible équation entre l’homme blanc et la musique soul.

Extrait de « Lonely press play »

Dans cet album totalement dépouillé, on observe ébahi la condition tourmentée de Damon Albarn face au pouvoir miraculeux de la chanson. Ce disque c’est l’histoire d’une déconstruction volontaire. 30 ans au service de la brit pop, d’une certaine façon donc d’envisager l’art de l’immédiateté dans sa dimension la plus primitive et sexuelle, pour trouver le chemin de la contemplation et le sens impressionniste du minimalisme. De la Mecque déchue londonienne à celle triomphante du Mali, Damon Albarn est cette fois réincarné en passeur griotique pouvant aller chercher la voix de Brian Eno pour parfaire ce syncrétisme musical.

Extrait de « Heavy seas of love »

Ce premier album est aussi l’occasion de renouer avec le plaisir de l’instant et de l’instinct. Une vibration de l’enfance retrouvée, symbolisé par cette chanson « Mr Tumbo », hommage à un éléphanteau orphelin croisé en Tanzanie auquel il s’attache.

Extrait de « Mr Tumbo »

A force d’avoir fait tant de bruits dans une jeunesse échevelée, et après de si grandes remises en question dans des projets nés pour soigner la schizophrénie naturelle de tout artiste, Damon Albarn nous revient plein de cet émerveillement chamanique. Le privilège du musicien qui a enfin trouvé la vraie belle place du silence dans l’harmonie. C’est tout simplement miraculeux.

Damon Albarn sera en concert sur France Inter lundi prochain, le 5 mai, en direct à partir de 21h.

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