Didier Varrod revient sur la disparition hier de Lou Reed, à l’âge de 71 ans. Légende du rock américain, il laisse derrière lui une œuvre aussi immense que subversive.

Extrait de « Berlin »

Comment résumer un tel parcours artistique constitué de plusieurs vies à la fois ? Le Velvet Underground, David Bowie, son propre parcours en solo, John Cale, des plaies et des bosses, et ce sacré dandy électrique, Andy Warhol, qui jusqu’au bout, chatouillera la voix de gorge profonde de ce « rock’n’roll animal ». Un album, un seul comme s’il ne devait injustement n’en rester qu’un. Le troisième, celui d’après le succès enfin obtenu avec Transformer et son salace « Walk on a wild side ». Cet album, c’est « Berlin ». Lou Reed s’immerge dans l’imaginaire de sa propre guerre froide. 1973, Berlin Ouest, le mur, l’expressionisme allemand, le compositeur Kurt Weill, une histoire d’amour, la défonce, la violence et le suicide… Tout Lou Reed est là, spectateur et voyeur investi d’une histoire qui est finalement celle de tout le rock déviant. Qui fera naître le punk.

Extrait de « Lady Day »

La Lady Day, c’est la Billie Holiday de Lou Reed, et elle s’appelle Caroline. Une femme extrême et une chanteuse divisée comme le sont tous les personnages du disque : l’amant Jim, les enfants séparés, Lou Reed lui-même narrateur plongé dans cette mise en abîme du mur berlinois qu’il reconstruit pour nourrir sa schizophrénie créative à coup de drogue.

Extrait de « How do you think it feels »

Lou Reed, archange noir du réalisme transcendé en poésie vénéneuse dément ici la mécanique mythique du paradis artificiel. Il poursuit en fait son œuvre de destruction massive des utopies soixante-huitardes qui avaient déjà perdu toute leur acidité avec le Velvet Underground. La dope, c’est l’héroïne, qui au lieu de vous faire planer vous colle désespérément au sol ou dans un lit de tumultes. La drogue annihile tout sauf finalement l’inspiration. Le désir c’est la mort, cette tragédie amoureuse que dessine Lou Reed va faire naître l’immanquable beauté assassine de la tristesse…

Extrait de «Caroline says II »

« Berlin », c’est aussi le rock qui accède au lyrisme classique d’un compositeur comme Kurt Weill. Opéra rock assumant ses harmonies dégénérées, et ses accents quelques fois pompiers…

Extrait de « Sad Song »

Et cette brutale nudité où l’on entend le souffle coupé de Lou Reed. Comme pour nous dire que le rock sera contraint un jour très prochain de crier « no futur ».

Extrait de « The bed »

Lou Reed à une avant-première de son premier film "Red Shirley"
Lou Reed à une avant-première de son premier film "Red Shirley" © MaxPPP
Les références
L'équipe
Mots-clés :
Nous contacter
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.