Vous nous parlez d’un jeune pianiste de jazz américain, Dan Tepfer, qui ose défier Jean-Sébastien Bach sur son propre terrain, en s’attaquant aux légendaires Variations Goldberg...

Ce matin nous attaquons une montagne qui continue de faire couler beaucoup d’encre, une montagne d’or. En allemand, on dit goldberg : Qui ose l’escalader ?

Un jeune américain né à Paris, formé au conservatoire Paul Dukas, Dan Tepfer. Ce fils naturel de Glenn Gould et de Gershwin nous propose ses propres improvisations après chacune des variations de Bach.

Le principe est simple : tout d’abord, Bach commence par un air, calme, simple, limpide comme une eau d’un lac de montagne, l’Aria donc, exposé ici :

Extrait de « Aria »

Cet air est suivi de 30 variations. Une variation n’est ni plus ni moins qu’une improvisation, une pensée musicale qui se développe avec ses doutes, ses hésitations, ses fulgurances, ses emballements. Mais plus qu’une pensée, c’est une histoire que nous raconte Bach, une histoire que lui a commandé un prince insomniaque et qui sera jouée toutes les nuits par un jeune claveciniste de 14 ans qui est à son service et qui s’appelle Goldberg. En fait, c’est « Les mille et une nuits » version saxonne. Voici la première variation de Bach :

Extrait de « Variation 1 »

Et voici maintenant l’impro de Dan Tepfer :

Extrait de « Impro 1 »

On pourrait hurler au sacrilège. Mais encore une fois c’est oublier ce qui unit Bach et Dan Tepfer : tous deux sont des jazzmen !! Les baroques savaient mener des improvisations collectives en se jetant des noms de cadence (c'est-à-dire des suites d’accord), ils faisaient de véritables jam sessions en somme.

Ce n'est qu'au XIXème siècle que la bourgeoisie sacralise le compositeur, renvoyant le musicien à un rôle de subalterne.

On met des flics dans les théâtres pour empêcher d’applaudir entre deux airs, on cesse d'enseigner l'improvisation au conservatoire.

Il faudra attendre le XXème siècle pour que le jazz permette aux musiciens occidentaux de renouer avec l’improvisation perdue.

Extrait de « Impro 5 »

Aujourd’hui Dan Tepfer boucle la boucle. Une idée est une flèche lancée en l'air disait Nietzche, quand elle retombe au sol, il y a toujours quelqu'un pour la relancer… Dan Tepfer a ramassé les flèches de Bach, y a rajouté des fusées et il nous fait péter à la figure un feu d'artifice tellement énorme, qu’il peut profiter à l’ensemble de la terre habitée.

Les variations Goldberg version Dan Tepfer sont une œuvre œcuménique. La messe est dite !

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