Ce matin, André Manoukian nous fait naviguer entre Afrique, Brésil et Grande Bretagne avec le dernier projet du DJ britannique Gilles Peterson.

Les racines africaines de la musique brésilienne, ont non seulement résisté au temps mais sont plus vivantes que jamais. Sans doute parce-que lors de leur conversion forcée au christianisme, les esclaves africains purent transposer leurs divinités africaines sur les nombreux saints catholiques, ce qui leur permit de conserver leur langue, leurs chants et leurs danses.

A Cuba, ce culte synchrétique prit le nom de Santeria, religion des saints, au Brésil, il est devenu le Candomblé et les esprits africains furent appelés Orishas.

Aujourd’hui les afro-brésiliens savent d’où ils viennent puisqu’ils parlent le yoruba, langue utilisée dans une vaste région d’Afrique de Ouest englobant le Nigéria, le Bénin, le Togo, le Ghana, la Côte d’Ivoire.

Alors que leurs frères déportés en Amérique du Nord christianisés par des protestants ne purent transposer aucune divinité : pas de saints chez les protestants, ni de mère de Dieu.

En quelques générations, leur africanité fut complètement éradiquée. Du culte protestant, ils gardèrent le meilleur, la pratique du chant choral qui devint le gospel. C’est ainsi que l’Afrique engendra des types de musiques bien différents selon sa rencontre avec catholiques ou protestants..

Sonzeira – Brasil Bam Bam Bam , le nouveau projet de Gilles Peterson...

Gilles Peterson est un DJ anglais né à Calais d’une mère française et d’un père suisse. Dans les années 1990, il inventa l’acid jazz, une danse qui utilisait des rythmiques ternaires et qui réconcilia le jazz avec les dance floor.

Il monta son propre label Talkin loud sur lequel il sortit Roni Size, Galliano, Incognito, bref que du bon son. Ce mouvement entraina de nombreux mômes férus de cette fusion à remonter le courant pour écouter les disques originaux d’où étaient empruntés ces samples, et découvrir ainsi Herbie Hancock, Quincy Jones, ou Horace Silver et les prestigieux labels Blue Note Verve ou Impulse.

Gilles Peterson remonte le voyage dans le temps et dans les racines du jazz, vers l’Afrique et le Brésil, réussissant le miracle, sans galvauder cette musique, de la rendre accessible en la mixant d’un son puissant, à l’anglaise.

Sans l’aide de samples ni d’une quelconque chimie, mais en la produisant avec sincérité, et en organisant de belles rencontres : entre l’africain Seun Kuti et le percussionniste brésilien Nana Vasconcelos, les légendes brésiliennes comme Elza Soares, sacrée chanteuse du millénaire par la BBC et les compositeurs mythiques Wilson Neves et Marcos Valle, ou la chanteuse anglaise de trip hop Nina Miranda et Seu George le beau gosse brésilien.

En privilégiant la mise en espace des sons acoustiques, cet érudit électro remet la musique au cœur du rite le plus sacré qui soit : la réunion par la transe de l’âme et du corps, du profane et du divin, de l’énergie de la terre et des forces du ciel.

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