André Manoukian nous parle ce matin d’un jeune producteur londonien, Kwesi Sey, appelé Kwes, et de son premier album : ILP.

Extrait de « Flower »

Kwes nous livre un album de producteur. A la manière d’un grand couturier sonique, il fabrique des textures sonores inédites, sur lesquelles les gens de la planète hype sont en train de s’extasier. Kwes a été, consécration suprême, samplé par Kanye West, le rappeur le plus riche de la planète qui peut se payer des samples de martiens.Kwes nous a donc fait un album de martien qui servira sans doute de référence au cours de la prochaine décennie.Normalement Madonna a déjà dû appeler Kwes sauf si Lady Gaga l’a précédée.Oui, quand il a la hype, un producteur se fait courtiser par les chanteuses les plus « casse-couilles » du moment.Extrait de « Rollerblades » Kwes est resté enfermé quatre ans en studio.C’est qu’on est bien en studio, avec ses joujoux, à se bricoler ses sons, à les mettre à l’envers, à les empiler, les compiler, puis à faire des compils de compils, pour finir par extraire une ligne de basse que l’on fait jouer par un « casio » acheté au cash&carry du coin..Un producteur, c’est un gars qui se prend la tête avec ses sons, mais aussi avec son chanteur.Sauf quand c’est lui-même qui chante. Alors là, il n’a pas trente six solutions : soit il se met un casque de moto sur la tête et il passe sa voix dans un vocodeur, une machine qui harmonise et qui fait sonner comme un robot, soit il joue la carte de la sincérité.Kwes, qui n’est pas forcément la meilleure chanteuse du monde (je rappelle qu’une chanteuse peut être indifféremment mâle ou femelle) a choisi la deuxième option, ne cherchant jamais à cacher la fragilité de sa voix, surtout pas avec un correcteur automatique de justesse, l’auto-tune que Cher avala et qui, resté coincé en travers de sa glotte, devint une figure de style.Extrait de « Cablecar » Kwes joue sur l’espace. Les grands espaces. L’air.Il dessine des décors gigantesques dans lesquels il se place tout petit à l’intérieur, un peu comme dans un dessin de Sempé, où les personnages minuscules dissertent sur la grandeur du monde qui les entoure. La dissertation, c’est sa première destination mais il finit par abandonner ses études de philo pour la musique. Pour autant, il reste de la philosophie dans la musique de Kwes.Du vertige, des espaces infinis qui ne l’effraient pas puisqu’il s’amuse à les recréer avec ses chambres de réverbération.Il habille sa voix fragile de réverbérations à l’envers, nous montrant comme son double virtuel. Il nous rend audible le concept d’anti matière : nous avons tous un double invisible qui se promène dans une autre dimension. Celle de Kwes est là, juste sous nos oreilles. Oui la matière noire existe, l’alchimiste Kwes nous le prouve avec sa musique.Extrait de « Purplehands »

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