Après la Maison des femmes de Seine-Saint-Denis, pionnière en la matière, d'autres lieux d'accueil pour les femmes victimes de violences naissent ailleurs en France. La ville de Reims a depuis quelques mois sa Maison des femmes.

Nazha Chtany, directrice de l'association d'aide aux victimes Le Mars, qui a créé la Maison des Femmes de Reims
Nazha Chtany, directrice de l'association d'aide aux victimes Le Mars, qui a créé la Maison des Femmes de Reims © Radio France / Lionel Thompson

Cette Maison des Femmes de Reims a ouvert ses portes en juin dernier, initiée par l'association d'aide aux victimes Le Mars. Nazha Chtany, juriste et directrice de l'association, nous explique comment le confinement dû au Covid a montré l'urgence d'ouvrir ce lieu.

C'est un projet auquel nous pensions dès 2019 : comment améliorer la prise en charge des femmes victimes de violences conjugales ? Notre réflexion s'est accélérée avec le premier confinement. Nous avons eu énormément de cas de violences conjugales. On a essayé de regarder ce qui se faisait ailleurs pour les prises en charge. On a découvert le modèle de la Maison des femmes de Saint-Denis et on a essayé de l'adapter à notre territoire, l'objectif étant de décloisonner la prise en charge pour faciliter la sortie des violences subies par la victime.

Un lieu accueillant, dans une maison, avec un salon confortable et discret où les femmes victimes de violences, qu'elles soient conjugales ou autres, peuvent venir en confiance, éventuellement accompagnées par leurs enfants auxquels une pièce est réservée à l'étage, avec des jeux. Cet après-midi-là, Nazha Chtany fait le point après un entretien avec une femme suivie depuis le mois de septembre. La coordinatrice de La Maison des Femmes l'avait aidé à trouver un hébergement d'urgence dans lequel elle est restée deux mois. Depuis, elle a eu accès à un logement autonome mais a dû déposer deux plaintes contre son ex-compagnon, classées sans suite.

J'aimerais que tu appelles au tribunal pour voir le motif du classement. Il faut aussi lui fixer un rendez-vous avec un psy parce que là, elle est à bout la pauvre !

Un parcours décourageant pour les victimes

L'intérêt de ces Maisons des femmes est de regrouper les différents niveaux d'intervention auprès des victimes. Sans cela, elles sont contraintes à un long parcours, souvent décourageant.

Il y a énormément de professionnels qui gravitent autour d'une victime de violences conjugales. Vous pouvez avoir des assistantes sociales, des éducateurs, des psychologues, des médecins, des juristes, une association d'aide aux victimes ou une association féministe. Il faut visualiser le parcours que cette victime va faire d'un point de la ville à l'autre, d'un partenaire à un autre, d'un jour à l'autre… Tout ça va compliquer la prise en charge. Si on regroupe les compétences au sein d'un même lieu, un guichet unique, forcément la victime va se sentir mieux accompagnée. Ça va lui paraître un peu plus accessible.

Pour le moment, la Maison des femmes de Reims ne prend pas en charge le volet médical mais c'est en projet, en lien avec le CHU de la ville. Et quand on demande à Nazha Chtany ce qu’elle aimerait changer, si elle en avait le pouvoir, la réponse est immédiate :

Je faciliterais l'accès au logement autonome des victimes. Parce que c'est un des principaux freins. Et la situation des enfants. Traiter de façon plus pragmatique la situation des femmes avec des enfants et permettre un accès au logement autonome plus rapide.

La Maison des femmes de Reims est ouverte du lundi après-midi au vendredi soir, au 10 allée des Pervenches, ou joignable au 03 26 89 59 34.