Astrid Vabret dirige le laboratoire de virologie du CHU de Caen, son engagement dans la lutte contre le Covid 19 lui a valu d'être décorée de la légion d'honneur.

Astrid Vabret, cheffe de pôle du laboratoire de virologie du CHU de Caen en avril 2020
Astrid Vabret, cheffe de pôle du laboratoire de virologie du CHU de Caen en avril 2020 © Maxppp / Nathalie Travadon

Elle a été la première surprise de cette distinction. Ca fait plus de 20 ans qu'Astrid Vabret a pris l'initiative d'étudier les coronavirus chez l'homme. Au départ, sur les conseils de son patron de l'époque.

Le Pr François Freymuth s'intéressait à ces virus qui circulaient chez les animaux. Il était persuadé qu'il y aurait des émergences chez l'humain. Il m'a parlé du sujet et j'ai commencé à travailler dessus avec des moyens assez peu importants, difficiles à obtenir. Ce n'était pas les sujets d'intérêt de l'époque.

Pendant longtemps, la chercheuse se sent un peu seule, quand ses collègues virologues préfèrent travailler sur des virus plus connus, comme celui du SIDA. Le SARS, puis le MERS sont de premières alertes. Quand survient la pandémie de Covid 19, Astrid Vabret n'est pas surprise, elle éprouve même une satisfaction un peu coupable.

Au départ, on était un peu excité, je dois dire, même un peu "content" parce qu'on allait pouvoir étudier ce virus... Ensuite, bien sûr, il y a eu la réussite de l'émergence du virus. On se disait que ça allait arriver mais on ne savait pas quand et on n'imaginait pas l'ampleur qu'allait prendre cette pandémie, les fragilités de notre système sanitaire mondial et les réponses politiques qui allaient être apportées. Maintenant, c'est un sujet qui est bien financé et qui va avancer vite.

La principale avancée, à ses yeux, ce sont bien sûr les vaccins et la technologie à ARN messager qui va pouvoir servir pour d'autres maladies. Au plus fort de la pandémie, le laboratoire de virologie du CHU de Caen a suspendu ses recherches pour prêter main forte aux soignants. Mais il reste encore beaucoup de choses à apprendre.Comprendre ce qui s'est passé au début

On a des vaccins efficaces mais beaucoup de questions, avec une situation qui se complexifie. On ne sait pas encore tout de la durée de la protection des vaccins, comment vont se passer les réinfections avec les différents variants, dans les différents pays... Mais la principale question qui reste en suspens c'est : que s'est-il passé au début ?

Le début, c'est en Chine et il n'est pas évident d'obtenir toutes les informations, reconnaît-elle. Et comment vit-elles les polémiques autour du vaccin, la remise en cause de la parole des scientifiques ?

Toute parole peut être remise en cause. Les scientifiques, les médecins, on a l'habitude d'être remis en cause et c'est tant mieux ! La difficulté, c'est que les complotistes, eux, ne remettent pas en cause leurs postures, justement. Il faudrait que le débat soit équilibré pour que ça puisse avancer. Ce que j'aimerais ? Un peu d'apaisement ? Et la prise en compte du collectif.

Astrid Vabret espère aussi que la pandémie ne va pas favoriser le retour d'autres virus, comme par exemple celui de la rougeole.