Quand des salariés reprennent leur usine pour éviter sa fermeture, c'est un pari difficile mais ça peut marcher. La preuve à Gémenos, près de Marseille, où les ex-salariés de Fralib, qui produisaient les thés Eléphant, font vivre la coopérative Scop-Ti et les thés 1336

Yves Baroni, salarié et sociétaire de la SCOP-TI
Yves Baroni, salarié et sociétaire de la SCOP-TI © Radio France / Lionel Thompson

1336 comme le nombre de jours de grève qu'ils ont dû faire pour sauver leur usine. Et quand 58 salariés se sont lancés dans l'aventure de la coopérative en 2014, les mauvaises langues ne leur donnaient pas grandes chances. Alors 7 ans plus tard, c'est avec fierté qu'Olivier Leberquier, président de Scop-Ti, fait visiter le site.

Cette machine-là, c'est celle sur laquelle on fait notre gamme Bio 1336. Ca sent bon le thé, là ! Nous, on a que des produits en arômes naturels, donc les parfums vous les sentez tout de suite. Yves est sur la ligne là-bas, on va aller le voir.

Yves Baroni travaille ce jour-là sur une machine à ensacher le thé. Ce jour-là, car les postes tournent pour les 42 salariés.

Vous allez là où la coopérative a besoin de vous. Je me retrouve soit devant les machines, devant un ordi ou à nettoyer les toilettes. Il y en a qui le comprennent et ça se passe très bien, il y en a qui le comprennent un peu moins et ça crée parfois quelques problèmes.

Pas toujours facile de s'accorder sur l'organisation. Etre leur propre patron conduit aussi à une plus grande implication.

Pour quelques-uns, une fois la semaine terminée, le weekend on va à droite, à gauche pour promouvoir nos produits. On va faire des dégustations dans les magasins. Quand tu as des échanges avec des personnes qui te disent : il est bon votre thé, tu sais pourquoi tu fais ça ! Ce qu'on fait aujourd'hui pour la coopérative, on ne le faisait pas pour Fralib. Aujourd'hui, ici, tu as conscience que tu as pour une fois dans ta vie ta destinée professionnelle en main. On ne travaille pas pour des actionnaires. On travaille pour nous, pour notre projet et tout ce qu'il représente.

Olivier Leberquier, qui ne veut surtout pas qu'on l'appelle patron, nous convie à une petite dégustation sous un portrait de Che Guevara, un thé noir, un Grand Yunnan. C'est un thé parfumé et un peu fumé, précise-t-il.

Produits locaux

Le projet évoqué par Yves Baroni, c'est aussi de travailler avec des parfums naturels, de développer une gamme bio et d'utiliser des produits si possible locaux, détaille Olivier Leberquier.

Par exemple, pour le tilleul des Baronnies, on travaille directement avec les producteurs, dans la Drôme provençale. Ce qui est valable pour le tilleul peut se faire avec la menthe, la camomille, la mélisse... Avec toutes ces plantes aromatiques qui poussent dans nos régions, donc c'est vraiment un pan essentiel de notre projet. Ce qui coince un petit peu, c'est la présence de nos produits. On est assez bien distribués en région Sud-Est mais pas suffisamment encore au niveau national. La solution qu'on a trouvé, c'est la création de notre site de vente en ligne, la boutique 1336, qui permet à ceux qui ne peuvent pas trouver nos produits dans les magasins de les trouver sur internet.

La SCOP TI, seule entreprise encore 100% française dans ce secteur, produit donc sa propre marque et des marques de distributeurs de thés et d'infusions. Elle a renoué avec les bénéfices l'an dernier et multiplié par dix son chiffre d'affaire depuis son lancement.