A la surprise générale, Piotr Ivanov a été élu à la tête de la très controversée Fédération Russe d'Athlétisme. Cet inconnu, qui était jusqu'à présent président de la fédération de triathlon a trois mois pour mettre fin à la suspension des athlètes russes et redorer l'image du sport dans ce pays.

Si on évoque ce personnage, ce n’est pas parce qu’il a été président de la fédération russe de triathlon ou parce qu’il est l’actuel directeur général de la très sérieuse Société des trains à grande vitesse russe. Mais Piotr Ivanov vient d’être élu président de la Fédération russe d’athlétisme, une fédération en plein marasme et dans la tourmente pour des affaires de dopage organisé.

Et son élection est une surprise. Ivanov, 50 ans, pas vraiment souriant, cheveux coupés en brosse et lunettes rondes, n’était pas le favori car pas du tout issu du sérail. Il a devancé les quatre autres candidats dont d’anciens athlètes et très largement  : avec 56 voix sur 73 votants. Voilà au nez et à la barbe des caciques Piotr Ivanov propulsé comme le nouveau visage de l’athlétisme russe.

Il faut sans doute y voir le signe que les choses sont peut-être en train de changer à Moscou. Rappelons les faits  : la fédération russe est bannie depuis 5 ans de toute compétition après la mise au jour d’un vaste système de dopage édifié avec l’aval de l’Etat, parfois avec son concours  : plusieurs rouages sont impliqués, dont le ministère des sports ou le FSB, les services secrets. Les Russes avaient voulu montrer leur bonne foi en fournissant aux instances mondiales de l’antidopage des données stockées dans les serveurs de l’ancien laboratoire de Moscou… des résultats, comme on s’en est très vite aperçu, tronqués et falsifiés. Le passif devient très lourd. 

Et comme si ça ne suffisait pas, la fédération a tardé à payer son amende record (5 millions de dollars). Elle ne s’est acquittée de cette dette qu’en août dernier. Cet épisode a coûté sa place à l’ancien président de la fédération Evgueni Iourtchenki qui n’aura tenu que 5 mois à ce poste.

Piotr Ivanov doit redorer l’image calamiteuse de la fédération, redresser les comptes (les caisses sont vides) et obtenir la réintégration des athlètes russes en vue des Jeux de Tokyo. En décembre dernier, la Russie a été exclue de toutes compétitions mondiales pour 4 ans, dont les JO. Quelques athlètes qui ont démontré leur probité pourront concourir sous la bannière neutre du CIO.

Mais le temps presse  : Piotr Ivanov n’a que jusqu’au 1 mars prochain, donc moins de 3 mois, pour présenter un plan crédible de réorganisation de sa fédération… sous peine d’exclusion pure et simple des Jeux. Autant dire que la Russie joue très gros et que la tâche de Piotr Ivanov est gigantesque… en aura-t-il les moyens, saura-t-il échapper à la pression du Kremlin  ? En tout cas, son profil est déjà un premier gage.