Trois joueurs de la sélection argentine sont accusés d'avoir écrit au début des années 2010 des tweets haineux. Cet épisode a créé une vive émotion dans le pays et montré du doigt un sport perçu comme élitiste, à l'inverse du football plus populaire. Les instances sportives espèrent changer l'image du rugby.

Trois joueurs dont le capitaine dont le capitaine Pablo Matera de la sélection argentine sont accusés d'avoir écrit au début des années 2010 des tweets haineux.
Trois joueurs dont le capitaine dont le capitaine Pablo Matera de la sélection argentine sont accusés d'avoir écrit au début des années 2010 des tweets haineux. © AFP / CHARLY TRIBALLEAU

Le rugby argentin était en pleine gloire il y a moins de trois semaines avec la première victoire de son histoire face aux All-Blacks néo-zélandais. En quelques jours, ce succès phénoménal a été balayé par une série de polémiques. 

D’abord le week-end dernier quand les rugbymen argentins, les Pumas comme on les surnomme, ont été accusés d’avoir rendu un hommage trop timide à Maradona : seulement un brassard noir alors que le pays pleurait sa star. 

Mais bien plus grave encore : des messages haineux, racistes ont commencé à circuler sur les réseaux. Des tweets rédigés entre 2011 et 2013 par trois joueurs actuels de la sélection, dont le capitaine Pablo Matera. Voici ce qu’ils écrivaient alors qu’ils avaient 18 ans à l’époque par exemple lors d’une tournée en Afrique du Sud : « belle matinée pour sortir faire un tour en voiture et écraser des noirs. » Ou encore un peu plus tard : « qu’est-ce qu’une boniche enceinte de triplés ? Un kit de ménage. » Et des messages xénophobes, sexistes, il y en a encore beaucoup qui sont remontés à la surface depuis lundi. 

"Il faut les exclure" Eliséo Branca

Cet épisode a créé une énorme polémique en Argentine où le rugby est un sport phare : les Pumas font partie des 8 meilleures équipes mondiales. Ça a suscité des débats, comme à la télévision nationale. "Il faut les exclure, s'emporte Eliséo Branca, ancien 2ème ligne. Ils ne doivent plus jamais jouer pour l'Argentine. Cette affaire éclabousse tout le monde alors qu'ils auraient dû être des exemples." 

L’ancien capitaine emblématique Agustin Pichot, qu’on connait bien en France, exige que le rugby argentin fasse son "autocritique" après cet épisode. Ils sont peu nombreux à défendre les trois joueurs incriminés, expliquant que ce sont des erreurs de jeunesse. 

La fédération argentine les a suspendus. Ils ont présenté leurs excuses, exprimant leur honte. Mais à la surprise générale, ils ont été réintégrés jeudi dans l’équipe même s'ils ne joueront pas samedi contre l’Australie. De toute façon, leurs ennuis ne sont pas terminés : 2 d’entre eux jouent en France : au Stade Français à Paris et à Bordeaux-Bègles. Ils seront convoqués à leur retour par leur club. 

"les footballeurs pauvres et ignorants" contre les "joueurs de rugby bien faits"

Cette polémique est aussi révélatrice des fractures sociales en Argentine. Pour schématiser mais sans caricaturer, parce que c’est une réalité, il y a le football populaire à l’image d’un Maradona issu d’un bidonville de Buenos Aires et le rugby, plus élitiste, pratiqué par les classes sociales plus aisées. 

Il y a quelques années dans le journal le Monde, l’écrivain Martin Caparros expliquait que « là où les footballeurs étaient pauvres, basanés, frêles, ignorants, les joueurs de rugby étaient blonds, bien faits, bien élevés » 

Des tensions qu’on a retrouvées dans un terrible fait divers au début de l’année : le meurtre à la sortie d’une boîte de nuit d’un jeune supporter du club de foot de Boca Juniors par des rugbymen. Huit ont été mis en examen. Cette affaire a accentué le sentiment que le rugby argentin est parcouru par des dérives racistes et par des discriminations de classe. Ce qui a conduit le ministre des sport à croire qu’il y a « beaucoup de travail à faire dans le monde du rugby. »