C'est une douloureuse question qui a longtemps été tue : les chocs répétés dans certains sports ont des conséquences graves sur la santé des athlètes. Depuis plusieurs semaines, la prise en compte de cette problématique évolue et les instances sportives commencent à en prendre la mesure.

Steve Thompson et Joe Ansbro pendant un match des Six Nations Angleterre-Ecosse
Steve Thompson et Joe Ansbro pendant un match des Six Nations Angleterre-Ecosse © Getty / ben radford/Corbis via Getty Images

C'est une question qui a pris un tour inédit ces derniers jours : une centaine de joueurs de rugby ont décidé de saisir la justice. Ils s’attaquent à World rugby (la fédération internationale) et aux fédérations anglaise et galloise pour mauvaise prise en compte des commotions. En cause : ces chocs répétés à la tête qui laisse des séquelles à vie. Plusieurs joueurs souffrent de démence alors qu’ils n’ont qu’entre 40 et 50 ans. 

On a pu entendre le témoignage glaçant de Steve Thompson. L’ancien talonneur anglais, 42 ans, souffrirait d’encéphalopathie chronique et ne souvient même plus avoir été champion du monde avec le XV de la Rose en 2003. Autre international dans les années 2000 : le Gallois Alix Popham souffre des mêmes maux. Il a provoqué un incendie chez lui pour avoir oublié d’éteindre le gaz et sa femme ne veut plus qu’il reste seul avec leur fille de 2 ans. Tous ces retraités du rugby réclament des millions de livres de dommages et intérêts.   

Le gouvernement britannique expose les enfants "à un risque important".

Les signaux d’alerte se multiplient grâce aux travaux des chercheurs  Des universitaires britanniques ont demandé au gouvernement vendredi de supprimer les plaquages chez les jeunes rugbymen. "En n’agissant pas pour protéger les enfants, affirment ces chercheurs d’Oxford, de Newcastle et de Winchester, le gouvernement britannique les expose à un risque important". L’adolescence est un moment crucial pour le développement du cerveau et exposer ces jeunes aux chocs est donc dangereux. 

Plus de conséquences chez les femmes que chez les hommes ? 

En football, en Angleterre, en Ecosse et en Irlande du Nord, des restrictions ont été mises en place lors des entraînements pour le jeu de tête. Le football encore, toujours en Angleterre, une étude va être lancée pour connaitre précisément les risques sur le cerveau des joueuses. Les chercheurs soupçonnent que les commotions auraient des conséquences plus dramatiques chez les femmes que chez les hommes. Effrayant quand on sait que qu’un joueur professionnel a cinq fois plus de risque de contracter la maladie d’Alzheimer par exemple qu’un non sportif.  

Longtemps, ce sujet a été passé sous silence. On estimait que le spectacle sportif primait sur tout, y compris la santé des athlètes. En 2012, c'est un tournant : 4 500 joueurs de football américain (ils ont été précurseurs en la matière) ont attaqué leur fédération et ont obtenu un milliard de dollars de compensations.  Le sujet est pris au sérieux aujourd’hui, notamment dans des sports comme le cyclisme. Vous vous souvenez peut-être de cette image lors du dernier Tour de France de Romain Bardet titubant après une lourde chute. Le 10 décembre dernier, l’Union Cycliste Internationale a dévoilé son protocole pour une meilleure prise en charge des commotions. Oui, les choses avancent, doucement, mais enfin, ce n’est plus un tabou du sport.

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