Sur le praticable de Tokyo, il y en a une qui ne passe pas inaperçu. La gymnaste Oksana Chussovitina est l’une des athlètes les plus âgées des Jeux Olympiques.

Oksana Chussovitina ici en 2019 à Melbourne
Oksana Chussovitina ici en 2019 à Melbourne © Getty / Speed Media/Icon Sportswire

Oksana Chussovitina n’a que faire des règles tacites de son sport. Celles qui dictent qu’une gymnaste professionnelle descend de la poutre et quitte le praticable avant 30 ans, celles qui estiment qu’un corps déchiré par les torsions ne saurait tenir plus de dix ans entre les barres asymétriques.

Lorsqu’elle salue, Oksana a la cambrure élégante de ses premières fois. Elle expose fièrement ses 46 ans.

Son corps est petit, léger ; son talent, immense. 1 mètre 53, 44 kilos et 8 participations aux Jeux Olympiques. Ça représente 30 ans. 30 ans à concourir au plus haut niveau international. Comme si Dame Nature avait oublié de faire vieillir ce corps. Comme si elle voulait, elle aussi, profiter encore de la grâce, de la vitesse, de la puissance d’Oksana lors de ses sauts de cheval.

« J’aime profondément la gymnastique. Et tant que je suis capable d’en faire je me dis : pourquoi ne pas s’entrainer et tout donner tant que tu peux ? Si j’avais pris ma retraite, je l’aurais vraiment regretté. J’aime ce sport, et je suis encore douée ! Alors pourquoi j’arrêterai ? *rires* »

La table de saut est son agré de prédilection. C’est sur cet exercice qu’elle devient vice-championne olympique en 2008, sous les couleurs de l’Allemagne. Pourtant la gymnaste est origniaire d’Ouzbékistan, un pays de l’ex-URSS situé en Asie Centrale

Des compétitions sous quatre drapeaux différents

Si elle se moque des règles, Oksana fait aussi fi des frontières.
Ses premiers pas sur la scène professionnelle c’est en 1988. Le mur de Berlin est encore debout, ses adversaires actuelles ne sont pas nées, si ce n’est même envisagées par leurs géniteurs. Elle remporte alors les championnats juniors d'URSS, l’Union Soviétique.

En 1992, elle gagne l’or par équipe aux JO de Barcelone. Cette fois-ci sous les couleurs de l’équipe unifiée des pays de l’ex-URSS.

Elle se range ensuite sous le drapeau Ouzbèque

Dans les années 2000, son fils est atteint d’une leucémie. La gymnaste décide de venir le soigner en Allemagne. Toute la fédération de gymnastique lui vient en aide et, pour remercier le pays qui a sauvé son fils, elle décide de prendre la nationalité Allemande pour les compétitions. Elle la gardera pendant 7 ans puis reviendra en Ouzbékistan.

En 2021, à Tokyo elle arbore donc fièrement les couleurs bleues, blanches et vertes de son pays natal.

« Ce seront mes ultimes Jeux. On ne dit pas derniers, on dit ultimes. Je me suis entrainée dur pour me qualifier. Maintenant je suis prête pour la compétition. J’ai un objectif, j’ai un rêve : c’est rapporter une médaille à mon pays. Et je travaille pour ça. Je veux réussir.» 

Sa dernière victoire remonte à moins d'un mois où elle a remporté l'épreuve de saut lors de la coupe du monde de Doha au Qatar. Une preuve de plus, s’il en fallait, qu’Oksana peut encore compter sur son corps. Un corps sur lequel le temps a manifestement manqué son emprise.

Pour suivre la compétition de cette gymnaste exceptionnelle rendez-vous dimanche 25 juillet.