Noëlle Bréham reçoit la philosophe Vinciane Despret. Passionnée d’éthologie, l’étude du comportement des animaux, elle bouscule les idées reçues.

Vinciane Despret, philosophe spécialisée sur la question animale, est allée à la rencontre d'éleveurs... (image d'illustration)
Vinciane Despret, philosophe spécialisée sur la question animale, est allée à la rencontre d'éleveurs... (image d'illustration) © Getty / Javier Fernández Sánchez

Vinciane Despret est philosophe des sciences et chercheuse au département philosophie de l'université de Liège. Elle est l'auteur de nombreux ouvrages sur la question animale qui font référence.

Dans son dernier livre, Le chez soi des animaux, elle raconte aux enfants des histoires sur le rapport des animaux à leur habitat et à leur identité. Pour comprendre qu’au-delà des ressemblances et des différences, “ainsi va la vie sur cette terre qui est, pour chacun et pour nous tous, notre chez-nous”.

Instants choisis :

« On disait il y a une trentaine d’années : ‘cela ne sert à rien de parler aux bébés puisqu’ils ne comprennent pas’, ce qui faisait des bébés qui pouvaient être très dépressifs. Et on pouvait aussi dire : ‘Ça ne sert à rien de parler aux animaux, ils ne comprennent pas’. Mais allez savoir ce qu’on comprend et ce que sont les mots, si ce n’est un manteau qui peut habiller de tendresse et de quantité d’autres choses… »

« En rencontrant des éleveurs heureux, j’ai découvert leur capacité de relation et d’affectivité. Il y a énormément de savoir rigoureux et passionnant sur les vaches, les cochons, sur deux routes qui se croisent : celle du fait d’être heureux et celle de l’intelligence

« Je me suis intéressée à l’architecture animale : comment les guêpes potières ont inventé la poterie, comment les fourmis ont inventé le carton, comment on oriente une termitière … Il y a même des cas de cohabitation entre êtres de différentes espèces : des poissons avec des crevettes ensemble ! Il y a pleins d’associations, et habiter devient un acte social

N. Bréham : « Qu’est-ce qui fait que les enfants ont encore des modes de communication possible avec des animaux, que l’on perd après ?»

V. Despret : « Je crois qu’on devient négligent. Daniel Stern, pédopsychiatre, montre à quel point les bébés ont une cynestésie riche, c’est-à-dire qu’ils sont transmodaux : si un bébé voit une tâche de soleil, il va aller la goûter, mettre sa joue dessus, essayer de l’attraper, puis de l’écouter…»

« Car le régime d’appréhension du monde n’est pas encore catégorisé. Les catégories sont culturelles, elles émergent notamment avec le langage. Il y a une mise en discipline dans notre manière d’appréhender le monde.»

« Je me souviens de deux sortes d’animaux dans mon enfance : ceux qui m’ont accompagnée, que j’aimais profondément, et dont j’ai le bonheur de penser qu’ils m’aimaient aussi ; et puis j’aimais le chant des oiseaux. Cette connexion avec les oiseaux est toujours là, j’ai une passion pour les merles : le chant des merles me transporte, ça peut me bouleverser, c’est de l’ordre de l’événement.»

"On reconnait le degré de civilisation d'un peuple à la manière dont il traite ses animaux." GANDHI

Bibliographie :

  • Le chez-soi des animaux (Actes Sud -collection l’Ecole du domaine du possible)
  • Etre bête (Actes Sud)
  • Que diraient les animaux si on leur posait les bonnes questions (La Découverte)
  • Au bonheur des morts (La Découverte)

Au cours de l’émission vous avez pu entendre

Le procès de la truie de Falaise, extrait de l’émission « Autant en emporte l’histoire », de Stéphanie Duncan diffusée le 17 avril 2016

Programmation musicale

Jane Birkin : Exercice en forme de Z

Christine and the Queens : Saint-Claude

Bonobo Rhye : Break Apart

David Essex : Rock on

Les invités
L'équipe
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.