La tradition du poisson d’avril pourrait avoir des racines religieuses.

Deux poissons, symboles chrétiens, détail d'une tombe mosaïque, en Tunisie. Période chrétienne primitive, 4ème siècle. Tunis, Musée National Du Bardo.
Deux poissons, symboles chrétiens, détail d'une tombe mosaïque, en Tunisie. Période chrétienne primitive, 4ème siècle. Tunis, Musée National Du Bardo. © Getty / DEA/G. DAGLI ORTI

En tous les cas, c’est une des explications avancée pour cette tradition du poisson d’avril, à savoir la référence à la symbolique religieuse chrétienne : on se souvient tous du livre (ou du film) Quo vadis, et des poissons que dessinaient sur les murs les premiers chrétiens pour se reconnaître entre eux. C’est évidemment là une vision assez romancée, mais il est vrai que le poisson est sans aucun doute l’un des plus anciens signes religieux de l’ère chrétienne.

Au début, l’art chrétien, notamment celui des catacombes (I à IIIe siècle) se limite à des graffitis et des symboles pour initiés : c’est le cas de l’ichtus chrétien, ce poisson très stylisé, (du grec ancien ἰχθύς/ ikhthús, qui signifie le poisson) dont les lettres grecques sont aussi les initiales de la profession de foi : Ιêsoûs Khristòs Theoû Uiòs Sôtếr, « Jésus-Christ Fils de Dieu, le Sauveur ». C’est une sorte de code pour les premiers chrétiens, contraints de vivre leur foi dans la clandestinité.

Pourquoi le poisson ?

Parce que le poisson a une signification religieuse : c’est synonyme d’abondance dans l’Évangile, (Jésus apporte du pain et des poissons, des histoires de pêche miraculeuse), et par extension, les poissons vont symboliser les chrétiens eux-mêmes qu’il faut pêcher. Puis le poisson devient même la figure symbolique de Jésus, pour les pères de l’Église.

Dans l’Ancien Testament, la Thora, le poisson joue déjà un rôle symbolique important : dans la Genèse, les poissons sont créés lors du cinquième jour, en même temps que les oiseaux et avant le reste de la faune et déjà, là, le poisson est un signe d’abondance et de vie. Tout comme dans les livres d’Ezéchiel, ou Tobit.

Mais pourquoi un poisson et pas simplement l’image du christ pour ces chrétiens ?

Parce qu’on ne représente pas Dieu ! Il faut attendre plusieurs siècles avant que l’on puisse avoir des images religieuses chez les chrétiens. Les symboles vont permettre d’exprimer un sens religieux, car justement, les images figuratives sont interdites.

Pourquoi ? D’abord l’influence du judaïsme, qui banni toute représentation de Dieu. Et puis, les chrétiens étaient réticents car les images, à l’époque, c’était bon pour les païens : l’empereur romain avait basé son culte sur sa propre représentation. Donc il fallait éviter de tomber dans cette idolâtrie ! Il y a enfin la conviction que le Christ échappe radicalement à toute image sensible. D’ailleurs, il faut noter le silence total des évangiles sur la physionomie du Christ : personne ne sait si il avait une barbe et des yeux bleus

Mais en réalité, les croyants de la base vont éprouver rapidement le besoin de dessiner, d’exprimer leur foi (un peu comme en amour, on a besoin d’exprimer son sentiment, et on va faire des graffitis sur les murs de l’école !). Va se développer progressivement l’usage de symboles, qui ont un sens religieux : c’est ainsi qu’on prend l’habitude de mettre des poissons sur les tombes, à la porte des maisons. Mais pas seulement les poissons : des paons, des colombes (pureté) des agneaux. Le symbole peut plus simplement être constitué de lettre, comme le chrisme (☧formé des deux lettres grecques Χ (chi) et Ρ (rhô)).

Ce qui est intéressant, c’est que ces signes sont développés sous la pression « de la base » et non la hiérarchie religieuse, qui était méfiante à leur encontre. Mais les croyants avaient ce besoin, simple, de figurer ce en quoi ils croyaient. Il faut attendre le troisième siècle pour avoir des instructions sur les symboles païens formellement exclus et sur d’autres susceptibles d’être christianisés (la colombe, le poisson, l’ancre, etc.).

Les premières images religieuses

Au fond, c’est à partir de l’ère constantinienne, au IIIe siècle après JC que le christianisme sort de la clandestinité, il est reconnu. Il n’est plus une religion asociale, il peut annoncer la couleur : à partir de cette époque seulement, commence la représentation d’images, qui ne sont pas des idoles, mais des icônes, et peuvent devenir en elle-même des objets de culte. Ce qui ne va pas de soi, et il y aura la première crise iconoclaste, au VIIe siècle après JC…

Utiliser ainsi des images religieuses va devenir une spécificité du christianisme par rapport aux autres monothéismes : judaïsme et islam ont une distance par rapport à l’iconographie religieuse, même s’il faut nuancer, et ne pas simplifier en disant qu’il n’y a pas d’image dans ces deux religions.

Pour le judaïsme l’interdit biblique du Décalogue est très fort, dans le second commandement : « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre ». La tradition hébraïque n’interdit pas l’image, simplement, elle rappelle qu’elles sont incapables de représenter Dieu, elles sont foncièrement inadéquates. Et cela a varié dans l’histoire : on trouve des images religieuses dans les premières synagogues, comme celle de Doura Europos, qui se trouve dans le musée de Damas. Mais il n’y a pas d’image de Dieu.

Même chose pour l’islam, où se manifeste aussi cette même méfiance par rapport aux images, et où on ne représente pas Allah. Mais là encore, il faut tenir compte des diverses périodes, et des différences entre les islams, chiisme et le sunnisme notamment : si vous allez au Louvre, au département des arts de l’islam, on voit bien sur tel ou tel objet, tapis, l’utilisation de symboles figuratifs qui ont une signification religieuse.

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