« In god we trust ». Quand un pays met cette devise sur ses billets, c’est que la religion est importante.

"En Dieu nous croyons" que l'on retrouve sur chaque billet de banque
"En Dieu nous croyons" que l'on retrouve sur chaque billet de banque © Getty / Hugh Pinney

Et il est vrai, aux Etats-Unis que la religion est toujours au bout des lèvres des hommes politiques, dans leur manière de s’exprimer, les images qu’ils utilisent, etc… Pourtant, sur ce plan-là aussi, cette campagne électorale est atypique. Et la religion joue un rôle singulièrement moins important que les précédentes élections.

A quoi est-ce dû ?

D’abord, aux candidats, qui n’ont pas de profil religieux. Hilary Clinton, comme d'ailleurs tous les démocrates depuis la fin de Carter, considère que sa foi relève du domaine privé, et en fait assez peu état, même si elle s’en est expliqué. Elle se dit profondément croyante, de confession méthodiste. Elle a confié comment durant l’affaire Lewinski sa foi l’avait aidé à affronter cet épisode. On sait qu’elle reçoit tous les matins à 5 heures, un mail d’un pasteur, qui la soutient spirituellement. Mais elle s’est toujours prononcée pour le droit à avorter, qui constitue un des points de clivage des religions chrétiennes.

Mais c’est évidement Trump qui tranche le plus avec ses prédécesseurs. Il a bien dit qu’il allait à l’office régulièrement, mais personne ne croit en son respect de la religion, il bafoue assez ouvertement les principes religieux que jusqu’ici les candidats républicains respectaient et dont ils se déclaraient. Même dans ses discours, par rapport à ses prédécesseurs, Il se situe très peu sur le registre messianique.

Et donc l’électorat chrétien risque de manquer au candidat Républicain ?

En tous les cas, ce n’est plus si évident. En cela Trump met fin à l’alliance, qui était très forte, entre les évangélistes blancs et les Républicains. Jusqu’ici, c’était à plus de 80% que les évangéliques blancs votaient Républicains. Il semble que cela soit descendu à 60% selon les derniers sondages… Chaque jour, un pasteur évangélique célèbre fait part de sa désapprobation pour le candidat Trump. Evan Mc Mullin, candidat mormon, républicain, se présente dans l'Utah comme candidat indépendant. Même le magazine évangélique Christianity Today s’autorise à dénoncer, au nom de la Bible, en Trump, cet « idolâtre » impénitent. Depuis quarante ans, le parti républicain était en effet fortement influencé par la Nouvelle droite chrétienne, un mouvement évangélique né dans les années 1970, attisé entre autres par l’arrêt Roe v. Wade reconnaissant l’avortement comme un droit constitutionnel. Inquiets du « relativisme moral » de l’Amérique, les protestants évangéliques s’étaient alors organisés en réseaux d’influence et s’étaient alliés au parti républicain, dont ils ont contribué de manière décisive à élire les candidats, s’imposant comme la base la plus fidèle de ce parti. Trump a fait éclater cela, même si la plupart des évangéliques préfèreront s’abstenir plutôt que de voter Clinton. Quant aux catholiques (20% de la population, la religion la plus importante), même conservateurs, ils sont plus que réticent à voter pour lui, du fait de ses positions contre les immigrés, dont les hispaniques (Il faut savoir que la moitié des catholiques sont d’origine hispanique).

Les électeurs votent donc toujours en fonction de motifs religieux ?

De moins en moins en réalité, et c’est le troisième enseignement de cette campagne. Après une période d’extrême polarisation des religions autour du politique à partir des sujets de société, on sent que les Eglises chrétiennes prennent leur distance. Et surtout, les électeurs, sont de moins en moins religieux. Il y a un phénomène extrêmement nouveau aux Etats-unis, c’est la forte croissance du nombre de « non affiliés », personnes athées, ou même croyants, mais refusant de se reconnaitre appartenant à une quelconque Eglise. Ils étaient moins de 7% en 2000, car traditionnellement les Etats-Unis sont un peuple très religieux (En France, ils sont environ 40%). Mais aujourd’hui, ils sont plus de 25% sans Eglise, donc cela marque une très forte progression, surtout chez les plus jeunes, qui ont, de ce fait, fourni les gros bataillons d’un candidat complètement athée comme Bernie Sanders. On a ainsi un mouvement de bascule des Etats-unis vers la sécularisation, et la campagne électorale en est une anifestation. Est-ce une tendance durable? Trop tôt encore pour le savoir.

L'équipe
Mots-clés :
Ce contenu n'est pas ouvert aux commentaires.