La semaine dernière, elle a reçu la visite du pape François. Depuis un mois, on évoque ses démêlés avec le gouvernement égyptien. Quel est le rôle exact que joue cette université ?

Al-Azhar, c’est une des institutions importantes aujourd’hui pour comprendre l’islam et ses évolutions. D’abord, c’est l’une des plus vieilles universités du monde, elle a fêté ses 1000 ans. Mais en réalité, Al-Azhar c’est aussi une mosquée, un centre de pouvoir théologique et enfin un réseau d’éducation religieuse dans tout le pays, qui va, pour les garçons, du primaire à l’université.

Pour ce qui concerne l’université, Al-Azhar était d’abord chiite, car elle a été créée par la dynastie chiite des Fatimides, en 972. Elle passe au sunnisme comme toute l’Égypte, et, dès le XVe siècle, devient la plus grande institution de l’islam sunnite.

Au XXe siècle, la révolution de 1952 entraîne sa modernisation avec l’introduction des sciences modernes (médecine, ingénierie, agronomie) et des facultés de langues et de civilisations étrangères européennes.

Aujourd’hui, ce campus rassemble 70 facultés et des étudiants issus de plus de cent pays différents : égyptiens, africains, jeunes de l’Asie centrale, de l’Europe aussi. Les filles et les garçons sont séparés par un mur, mais ils ont des professeurs communs, et il y a quelques conférences où filles et garçons se retrouvent.

En quoi Al-Azhar joue un rôle important pour l’islam ?

Parce qu’Al-Azhar est une « référence » (et non une autorité) pour l’islam sunnite. À côté de l’université, il y a en effet la « macheikha », le siège du grand imam d’Al-Azhar, où il réside avec son assemblée de conseillers. Attention, le Cheik d’Al Azahr n’est pas un pape. Mais c’est tout de même un lieu où l’on explique comment appliquer l’islam, où l’on fait le fiqh, c’est-à-dire le droit, la loi, qui convient aux croyants.

Le cheikh d’Al Azahr était choisi traditionnellement par les savants oulemas (les docteurs de la loi). Mais depuis Nasser, c’est le président de la République égyptienne qui le désigne.

Qui est aujourd’hui le Cheik ?

Le Cheikh actuel, Al tayeb, a été nommé par Moubarak. Lorsque l’Égypte était sous la présidence de Mohamed Morsi, et la pression des Frères musulmans, il a joué un rôle pour préserver Al-Azhar de l’influence des Frères musulmans.

Al Tayeb est un homme proche du soufisme, son frère dirige une confrérie soufie à Luxor, il est ouvert au dialogue avec les autres religions, et surtout désireux de lutter contre l’islamisme violent.

Ainsi, les 28 février et 1er mars, il a organisé une « Conférence internationale sur la liberté, la citoyenneté, la diversité et la complémentarité » avec une déclaration finale qui affirme l’égalité entre musulmans et chrétiens, pour la première fois en ce lieu parle de citoyenneté et refuse la « dimitude ». Pour cela, il s’appuie sur ce que l’on appelle la charte de Médine, qui, selon la tradition, serait le texte adopté par le prophète à Médine, où il côtoyait d’autres communautés religieuses. Cela permet de dire que la notion de citoyenneté est dans la tradition musulmane…

Quelle est sa marge de manœuvre ?

Etroite. Il existe un courant salafiste important à Al-Azhar, et Al Tayeb doit donner des gages à chaque camp, tout en contentant le régime, dont il dépend in fine. Ainsi, Al Sissi lui demande d’évoluer sur le droit de la famille, et d’accepter la possibilité de reconnaître par un document écrit le divorce, ce qui n’est pas le cas. Mais il a refusé, de façon à ne pas mécontenter son aile plus conservatrice.

De toute façon, l’enseignement à Al-Azhar sur l’islam reste très orthodoxe. L’université a du prestige dans le monde musulman, mais il est difficile d’évaluer son rayonnement. Comme d’autres universités classiques, la Zitouna Zitounaà Tunis, ou bien Université Al Quaraouiyine à Fès, son influence sur le monde musulman sunnite reste assez « académique », et elles souffrent du manque de moyens de communication modernes. Rien à voir, par exemple, avec la puissante et riche université de Médine, qui dispense un enseignement wahhabite et offre des bourses à de nombreux étudiants du monde entier. Rien à voir non plus avec l’influence dans le monde musulman sunnite exercé par des enseignements salafistes et wahhabites grâce à une présence importante dans les médias et sur Internet.

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